Soudan du Sud : l’effondrement du système de santé menace de plonger le pays dans un désastre humanitaire sans précédent

Entre attaques contre les humanitaires, routes impraticables et désengagement de l’État, les organisations internationales tirent la sonnette d’alarme.

Le système de santé sud-soudanais est à l’agonie. Après des années d’instabilité politique et de violences récurrentes, les organisations internationales sonnent l’alerte : plus de 80 % des soins de santé dans le pays sont aujourd’hui assurés par des ONG et des bailleurs étrangers. Une situation intenable qui expose des millions de civils à une précarité sanitaire extrême.

Pourtant, le Soudan du Sud a reçu 1,4 milliard de dollars d’aide étrangère en 2024. Mais cet afflux de fonds n’a pas suffi à reconstruire un réseau de soins dévasté. Les infrastructures de base font cruellement défaut : seulement 300 kilomètres de routes goudronnées couvrent l’ensemble du territoire, rendant l’accès aux centres de santé quasi impossible pour des milliers de blessés et de malades vivant dans des zones reculées.

Un enfer pour le personnel humanitaire

Le Soudan du Sud est devenu l’un des endroits les plus dangereux au monde pour les travailleurs humanitaires. En 2025, les installations de Médecins Sans Frontières (MSF) ont subi 11 attaques. Face à cette menace grandissante, des structures comme l’unité chirurgicale du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Juba ont dû s’équiper de portes anti-explosion pour protéger patients et personnels soignants.

« Nous opérons dans un environnement de guerre. Chaque jour, nos équipes risquent leur vie pour sauver celle des autres », confie un responsable humanitaire sous couvert d’anonymat.

1 % du budget national pour la santé

La gestion des ressources nationales est également au cœur des critiques. Depuis 2011, les recettes pétrolières du Soudan du Sud ont dépassé les 25 milliards de dollars. Pourtant, cette année, seulement 1 % du budget national est alloué à la santé. Un désengagement de l’État qui exaspère les bailleurs de fonds internationaux, déjà lassés de financer seuls un système défaillant.

Ces derniers menacent désormais de suspendre leurs financements si le gouvernement du président Salva Kiir ne garantit pas la sécurité des soignants et ne montre pas un engagement réel en faveur de la santé publique.

L’ONU craint une guerre civile totale

Sur le plan sécuritaire, la situation ne cesse de se dégrader. Selon l’ONU, le conflit armé a déjà coûté la vie à plus de 5 000 civils et contraint des centaines de milliers de personnes à se déplacer. Les Nations unies avertissent que le pays est désormais au bord d’une guerre civile totale.

Une telle issue transformerait une crise sanitaire déjà catastrophique en un désastre humanitaire d’une ampleur inédite sur le continent africain.

 

Face à cette impasse, les organisations humanitaires appellent le gouvernement sud-soudanais à assumer ses responsabilités. « On ne peut pas indéfiniment remplacer l’État. Il est urgent que Juba prenne ses engagements à bras-le-corps, pour son peuple et pour la crédibilité du pays sur la scène internationale », insiste une source proche des négociations.

En attendant, des millions de Sud-Soudanais continuent de mourir en silence, faute de soins, faute de routes, et faute d’un État protecteur.

Par Issa Abdou 

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