Cameroun : Cuir, godo et broderie : Hamza Fakil, le styliste qui valorise le patrimoine sahélien et transforme la mode en moteur d’emplois.
Hamdja Mohamadou, dit Hamza Fakil, originaire de Baschéo (région du Nord), a fait de la mode bien plus qu’un art : un outil d’insertion, de création d’emplois et de valorisation des savoir-faire locaux. Formation de jeunes, promotion du cuir, organisation d’événements structurants… Retour sur un parcours engagé.
Dans une région souvent présentée pour ses défis sécuritaires et économiques, des initiatives locales émergent pour réinventer l’avenir des jeunes. Hamdja Mohamadou, connu sous le nom de Hamza Fakil, en est une illustration exemplaire. Peulh de Baschéo, originaire du Nord-Cameroun, ce styliste-modéliste de formation a décidé, il y a plus de dix ans, de mettre son savoir-faire au service de sa communauté.
Son credo : la mode comme levier d’autonomisation, de création de richesses et de préservation du patrimoine sahélien.
Un créateur ancré dans les matières premières locales
Hamza Fakil ne se contente pas de confectionner des vêtements. Il puise dans les ressources endogènes : textile africain, broderie artisanale, mais aussi godo – une étoffe traditionnelle du Grand Nord. Son travail associe esthétique contemporaine et démarche durable. Aujourd’hui, il se consacre au prêt-à-porter structuré, à l’agencement stylistique et à l’accessoirisation, contribuant à professionnaliser un secteur encore largement informel.
Mais sa véritable innovation réside dans l’introduction du cuir local dans le costume africain moderne. Ceintures, chaussures, sacs à main, bracelets, chapeaux : tous ces accessoires sont désormais produits sur place, à partir de matières premières locales. Cette approche permet de créer de micro-chaînes de valeur, de réduire la dépendance aux importations et d’offrir des débouchés aux jeunes artisans.
« La mode peut être un moteur de développement si l’on mise sur la transformation locale et la formation », a-t-il confié lors d’un entretien.
Deux ans et 80 jeunes formés
Hamza Fakil est également Directeur exécutif de l’Association des Jeunes Solidaires de Garoua (AJSG). À travers cette structure, il conçoit et porte des programmes concrets.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes
· Plus de 80 jeunes formés aux métiers de la mode et de l’événementiel ;
· Plus de 50 mannequins accompagnés vers l’autonomisation économique, avec une attention particulière pour les jeunes vulnérables et les femmes.
L’objectif est double : donner des compétences techniques, mais aussi favoriser l’insertion socio-professionnelle durable. Beaucoup de ces bénéficiaires sont aujourd’hui indépendants ou travaillent dans des ateliers locaux.
Des partenaires internationaux aux côtés d’un acteur local
L’action de Hamza Fakil ne serait pas aussi impactante sans la reconnaissance d’institutions majeures. L’Association des Jeunes Solidaires de Garoua collabore avec :
· le Haut-Commissariat du Canada au Cameroun,
· l’Ambassade des États-Unis au Cameroun,
· l’Institut français du Cameroun,
· l’Alliance française de Garoua.
Ces partenariats se concentrent sur l’autonomisation des jeunes, l’inclusion sociale et l’entrepreneuriat créatif. Une preuve que les bailleurs de fonds internationaux voient dans la mode un véritable secteur d’avenir pour les régions éloignées.
La Garoua Fashion Week : une plateforme d’incubation
Promoteur de la Garoua Fashion Week, Hamza Fakil a transformé un simple défilé en un véritable écosystème. Cet événement est pensé comme un espace d’incubation, de mise en réseau et de visibilité pour les talents du septentrion.
Chaque édition permet à des créateurs, modélistes, mannequins et accessoiristes de se faire connaître, de rencontrer des acheteurs et de structurer leur activité. La Fashion Week de Garoua s’inscrit désormais dans le calendrier culturel du Nord, aux côtés d’autres rendez-vous majeurs.
Un parcours aligné sur les Objectifs de Développement Durable
Ce que le parcours de Hamza Fakil illustre, c’est la capacité à articuler :
· ODD 4 (éducation de qualité) : par la formation professionnelle,
· ODD 5 (égalité femmes-hommes) : par l’accent mis sur les jeunes femmes,
· ODD 8 (travail décent et croissance économique) : par la création d’emplois locaux,
· ODD 12 (consommation et production responsables) : par l’usage de matières premières durables.
Hamza Fakil, à sa manière, prouve que la culture et le textile peuvent être des leviers de transformation sociale, bien au-delà du simple ornement. Son modèle intéresse déjà d’autres villes du Cameroun, et pourrait essaimer dans la sous-région.
La mode comme acte de résilience
Dans un contexte où les jeunes du septentrion manquent souvent de perspectives, des figures comme Hamza Fakil rappellent que l’entrepreneuriat culturel est une voie crédible. Structuré, formé, soutenu par des partenaires internationaux, il incarne cette génération qui refuse de subir et préfère créer.
Comme il aime à le dire : « Un fil bien tendu, une aiguille bien tenue, et on peut recoudre les espoirs d’une région tout entière. »
Par Kenzo Brown

