Nicaragua : Daniel Ortega annonce la fin des élections et installe une co-présidence avec son épouse
Daniel Ortega, 80 ans, a enterré ce dimanche 19 juillet 2026 le dernier vestige de démocratie au Nicaragua. Devant des milliers de partisans réunis pour célébrer le 47e anniversaire de la révolution sandiniste, le président a été sans équivoque : « Qu’ils oublient ! Ici, au Nicaragua, il n’y aura plus d’élections qui leur permettent d’essayer de s’emparer du pouvoir. » L’époque où l’opposition pouvait concourir est désormais, selon ses propres mots, « finie pour toujours ». Ce n’est pas une réforme. C’est un coup d’État silencieux. C’est la fin d’un pays. C’est la consécration d’une dictature familiale sans partage.
Au pouvoir depuis 2007, l’ancien guérilléro marxiste, soutenu par la communauté internationale pendant la guerre froide, s’est mué en autocrate impitoyable. Dimanche, lors de sa première apparition publique en soixante et un jours, il a martelé sa vision : son Front sandiniste est le seul parti autorisé, et les opposants – qu’il qualifie de « putschistes » et de « traîtres vendus aux Yankees » – n’ont plus aucune chance.
Mais derrière ce discours, il y a une réalité brutale : le Nicaragua est désormais dirigé d’une main de fer par un couple. Rosario Murillo, épouse d’Ortega, a été officiellement élevée au rang de « coprésidente » en février 2025, dans le cadre d’une réforme constitutionnelle qui a également allongé le mandat présidentiel de cinq à six ans. Elle était déjà la vice-présidente depuis 2017 et la première dame depuis 2007. Aujourd’hui, elle partage le pouvoir, côte à côte avec son mari, dans un système que les observateurs internationaux qualifient sans détour de « dictature familiale ».
Un régime de terreur érigé en système
Depuis 2018, le couple Ortega-Murillo a méthodiquement éliminé toute concurrence. La répression brutale des manifestations cette année-là a fait plus de 300 morts selon l’ONU. Depuis, des milliers d’opposants, de journalistes, de prêtres et de figures de la société civile ont été emprisonnés, exilés ou déchus de leur nationalité. Plus de 450 Nicaraguayens ont été déclarés « apatrides », privés de leur citoyenneté, sans procès. Ce n’est pas une politique. C’est un crime contre l’humanité.
Le régime a fermé plus de 5 600 organisations non gouvernementales, 29 universités et 58 médias. Il a confisqué les biens de ses opposants. Il a fait taire les Églises. Il a purgé ses propres rangs, arrêtant même d’anciens compagnons d’armes. En février 2022, le commandant sandiniste Hugo Torres, qui avait participé à la libération d’Ortega en 1974, est mort en détention après avoir été « disparu ».
Pendant qu’il asphyxie le pays, Ortega élève sa femme au rang de co-dirigeante. Rosario Murillo, qui était déjà considérée comme la véritable puissance derrière le trône, est désormais officiellement à ses côtés. Elle contrôle la police, la justice, l’armée. Elle a orchestré la purge de l’appareil judiciaire. Elle a écarté le frère d’Ortega, Humberto, lorsqu’il a osé suggérer qu’elle n’était pas apte à succéder à son mari.
La communauté internationale – États-Unis, Union européenne, organisations de défense des droits humains – dénonce régulièrement ce régime. L’ONU elle-même a accusé le couple d’être responsable de crimes contre l’humanité. Mais les condamnations verbales ne suffisent plus. Les sanctions économiques peinent à faire plier un pouvoir qui se nourrit de l’isolement et de la peur.
Pourquoi le monde doit cesser d’observer
Le geste d’Ortega est un défi lancé au monde entier. En abolissant les élections, il vide de son sens tout espoir de transition démocratique. Il annonce que le Nicaragua est désormais une propriété privée, une dynastie transmise de génération en génération. Pendant ce temps, des centaines de familles nicaraguayennes vivent en exil, leurs biens confisqués, leur nationalité volée, leur avenir brisé.
Ortega a déclaré : « L’histoire des partis installés par les Yankees revenant au gouvernement est finie, pour toujours. » En d’autres termes, il ne veut pas de l’ingérence américaine, mais il refuse aussi toute forme de contrôle démocratique. Il n’y aura plus d’élections, libres ou truquées, simplement plus rien. Le peuple n’aura plus voix au chapitre.
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La dictature d’Ortega et Murillo n’est plus à venir. Elle est là. Elle s’est installée, confortablement, dans les décombres d’une révolution dévoyée.
Le monde a le devoir de ne pas se contenter de condamner. Il doit agir. Car le Nicaragua ne mérite pas de devenir un modèle d’oppression. Et les Africains, les Asiatiques, les Européens, les Américains doivent se souvenir : quand une dictature s’installe, elle ne connaît pas de frontières. Elle inspire. Elle contamine.
Il est temps de dire : plus jamais ça.
Par Frédéric Konaté

