États-Unis : Trump va vendre l’accès anticipé à ses posts pour 100 000 dollars par mois

Le président américain Donald Trump va monétiser ses publications sur Truth Social. Sa société, Trump Media & Technology Group (TMTG), propose aux traders et investisseurs institutionnels un accès ultra-rapide aux posts des comptes les plus influents de la plateforme – dont le sien – pour un abonnement pouvant atteindre 100 000 dollars par mois.

Un service lancé le 1er août

Baptisé Truth API, ce service doit être lancé le 1er août. Il permettra aux clients institutionnels – fonds spéculatifs, banques de Wall Street et sociétés de trading algorithmique – de recevoir les publications en quelques millisecondes, avant qu’elles ne soient visibles par le grand public.

Les tarifs sont fixés à 100 000 dollars par mois pour un engagement d’un an, ou 60 000 dollars pour un contrat de trois ans. Selon TMTG, certains clients se seraient déjà inscrits avant même le lancement officiel.

« Les marchés bougent déjà en fonction des posts sur Truth Social. Truth API offre un flux direct et sous licence des publications les plus influentes de la plateforme » – Kevin McGurn, PDG par intérim de TMTG.

Des publications qui font bouger les marchés

Les messages de Donald Trump ont régulièrement provoqué des secousses sur les marchés financiers. En avril 2025, son annonce d’une pause de 90 jours sur les droits de douane a fait bondir l’indice S&P 500 de 9,5 %, ajoutant 4 000 milliards de dollars à la richesse des investisseurs.

Pendant le conflit avec l’Iran, ses déclarations sur d’éventuelles négociations de paix ont fait chuter les cours du pétrole. Certains traders ont perdu des millions de dollars sur des contrats à terme.

Les institutions financières paient déjà des API à X ou Reddit pour obtenir des données quelques millisecondes avant le grand public. Mais avec Trump, l’enjeu est décuplé : un post sur les tarifs douaniers peut faire plonger ou grimper des actions en quelques secondes.

La mesure suscite une vive controverse. Le président, qui détient 41 % des actions de TMTG via un trust révocable, profite directement de ce service. Or ses publications sont souvent les premières annonces officielles de la politique gouvernementale américaine.

« C’est une corruption encore plus flagrante, une exploitation impropre du pouvoir gouvernemental pour s’enrichir » – Kathleen Clark, experte en éthique gouvernementale à l’université Washington de Saint-Louis.

La loi interdit aux fonctionnaires fédéraux de tirer profit de leur fonction, mais le président et le vice-président sont explicitement exclus de ces dispositions. Tous ses prédécesseurs depuis des décennies s’étaient pourtant volontairement soumis à ces règles, en plaçant leurs actifs dans des fonds aveugles.

Une bouffée d’air pour une société en difficulté

Trump Media traverse une période difficile. La société a perdu environ 90 % de sa valeur boursière depuis son introduction en Bourse, et a enregistré 405,9 millions de dollars de pertes au premier trimestre 2026, pour un chiffre d’affaires inférieur à 900 000 dollars.

Ce nouveau service pourrait générer des centaines de millions, voire des milliards de dollars par an, si tous les acteurs institutionnels s’abonnent. Le cours de l’action, qui avait chuté à 9,66 dollars, a légèrement rebondi après l’annonce.

La défense, par la voix du Wall Street Journal, relativise : « Ce n’est pas une affaire qui profite de privilèges. La valorisation de la société s’est effondrée depuis le début du second mandat de Trump ».

Une pratique déjà critiquée

D’autres affaires ont déjà mis en lumière les liens entre les posts de Trump et les marchés financiers. En mars, des traders pétroliers auraient placé plus de 500 millions de dollars de paris quelques minutes avant que Trump n’annonce des négociations « productives » avec l’Iran, au plus fort du conflit.

La chaîne CNN a également relevé au moins 44 achats d’actions, concernant 21 entreprises (Nvidia, Tesla, Boeing…), effectués dans la semaine précédant des posts de Trump évoquant ces sociétés. La Trump Organization a démenti tout rôle dans ces décisions d’investissement.

Par Cherif Keita 

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