Afrique : Xénophobie en Afrique du Sud : le Ghana obtient l’inscription du dossier à l’ordre du jour de l’UA
Le président ghanéen John Dramani Mahama a annoncé avoir obtenu de la Commission de l’Union africaine l’inscription des attaques xénophobes en Afrique du Sud à l’ordre du jour de la prochaine réunion de l’organisation continentale. Une victoire diplomatique pour Accra, qui porte seul ce dossier face à Pretoria dans un contexte de tensions bilatérales croissantes.
Un différend qui prend une dimension continentale
Lors d’un entretien avec le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, le chef de l’État ghanéen a estimé que les violences visant des ressortissants africains ne pouvaient plus être ignorées. « Un débat continental est nécessaire pour rechercher une réponse commune », a-t-il plaidé, convaincu qu’une coordination des États membres est indispensable pour lutter contre ce fléau.
La crise entre Accra et Pretoria s’est intensifiée après le rapatriement de plus de 900 ressortissants ghanéens ayant quitté l’Afrique du Sud, dans un climat marqué par la diffusion de vidéos montrant des agressions contre des migrants africains. Accra affirme également qu’un citoyen ghanéen a perdu la vie lors des violences une version formellement contestée par les autorités sud-africaines, qui dénoncent des « informations non vérifiées ».
Un exode massif qui inquiète la région
Le mouvement de départ dépasse désormais le cadre bilatéral. Le Nigeria, le Malawi, le Mozambique et le Zimbabwe ont eux aussi organisé le retour de certains de leurs ressortissants, alors que des groupes sud-africains réclamaient le départ des migrants en situation irrégulière. Selon les estimations, près de 25 000 personnes auraient quitté le pays ces dernières semaines.
Ce chiffre illustre l’ampleur d’un phénomène qui fragilise les relations entre États africains et met à l’épreuve les principes d’intégration continentale. Pour le Ghana, il ne s’agit plus d’une affaire bilatérale, mais d’un enjeu collectif qui appelle une réponse coordonnée de l’Union africaine.
Une montée en puissance diplomatique pour Mahama
Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large du président Mahama, qui avait déjà annoncé à la mi-juillet son intention de soumettre le dossier au Conseil de paix et de sécurité de l’UA. Dès le 17 juillet, il avait rencontré le chef de la diplomatie ghanéenne pour examiner les moyens de protéger les citoyens ghanéens en Afrique du Sud et de garantir leurs droits.
Le Ghana estime qu’une réponse coordonnée de l’Union africaine est indispensable pour :
· Lutter efficacement contre la xénophobie sur le continent ;
· Protéger les citoyens africains circulant dans l’espace commun ;
· Préserver les principes d’intégration et de solidarité qui fondent l’architecture de l’UA.
Un test pour l’Union africaine
La prochaine réunion de l’organisation continentale sera scrutée de près. La capacité de l’UA à dépasser les clivages bilatéraux pour adopter une position ferme face aux violences xénophobes en Afrique du Sud constituera un test majeur pour sa crédibilité.
Pour Accra, l’enjeu est clair : il ne s’agit pas de stigmatiser un pays, mais d’affirmer que la xénophobie, où qu’elle se manifeste sur le continent, est une menace pour l’unité africaine. Le président Mahama a d’ailleurs appelé les dirigeants des États membres à prendre position, soulignant que « le fléau de la xénophobie doit être combattu, au risque de compromettre la vision d’une Afrique unie et prospère ».
Par Issa Abdou

