Mali : le pays mise sur l’or pour financer son développement : 883 millions de dollars espérés

 

Le gouvernement malien entend mobiliser jusqu’à 883 millions de dollars (500 milliards de FCFA) grâce à la réforme de son code minier de 2023. L’objectif : financer des infrastructures stratégiques dans les secteurs de l’énergie, de l’eau et des transports.

Lancé en 2023, le Fonds de développement des infrastructures énergétiques, hydrauliques et de transport du Mali est alimenté exclusivement par les contributions des sociétés minières . Entre janvier 2025 et juin 2026, il a déjà collecté 109,14 milliards de FCFA (environ 194 millions de dollars) .

Le mécanisme de financement repose sur un prélèvement de 1 % du chiffre d’affaires trimestriel des détenteurs de permis miniers, complété par 10 % des taxes ad valorem pendant les cinq premières années d’exploitation. Passé ce délai, le taux passe à 2 % . Selon le ministre des Finances Alousséni Sanou, ce fonds génère au moins 50 milliards de FCFA par an, une assise qui pourrait servir à lever des financements bien plus importants .

Des projets d’envergure pour désenclaver le pays

Les autorités ont identifié des priorités d’investissement ambitieuses : réhabilitation et extension des réseaux ferroviaires et routiers, acquisition de bateaux commerciaux, développement de la compagnie nationale Mali Airlines SA, et renforcement des infrastructures électriques et hydrauliques .

Cette stratégie s’inscrit dans une tendance observée ailleurs sur le continent, le Ghana utilisant par exemple ses revenus minéraux pour financer son programme « Big Push » .

L’or, pilier économique et fragilité structurelle

L’économie malienne repose de manière écrasante sur le métal jaune. L’or représente environ 80 % des exportations du pays , et sa part a même grimpé à 91 % au quatrième trimestre 2025, propulsant la balance commerciale dans le vert avec un excédent de 419 milliards de FCFA . Le Mali dispose d’environ 800 tonnes de réserves prouvées, ce qui en fait le troisième pays africain derrière l’Afrique du Sud et le Ghana .

Mais cette dépendance comporte des risques. La production industrielle d’or a chuté de 22,9 % en 2025, s’établissant à 42,2 tonnes, en partie à cause d’un différend avec le géant minier Barrick qui a suspendu ses opérations sur le complexe de Loulo-Gounkoto . Un retour à la production de 2024 pourrait augmenter les contributions annuelles au fonds d’environ 30 % .

Autre fragilité : la gouvernance sous un régime de transition militaire, qui pourrait influer sur l’allocation des capitaux . Le gouvernement a néanmoins déjà récupéré 761 milliards de FCFA d’arriérés présumés auprès des sociétés minières, selon un audit publié en décembre .

Alors que plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest observent ce modèle avec attention, la capacité du Mali à transformer durablement ses richesses minières en infrastructures pérennes reste à démontrer.

Par Chérif Keita 

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