Guinée : la HAC retire l’accréditation d’un correspondant de « Jeune Afrique » et suspend France 24
L’organe de régulation des médias en Guinée a annoncé le « retrait immédiat » de l’accréditation de presse d’un correspondant de Jeune Afrique, lui reprochant des « manquements professionnels ». Le lendemain, la Haute Autorité de la Communication (HAC) a décidé d’interdire la chaîne France 24 sur l’ensemble du territoire guinéen.
Dans un communiqué, la HAC a justifié sa décision par « de graves violations des obligations éthiques et déontologiques qui encadrent l’exercice du journalisme sur le territoire national ». L’institution n’a toutefois pas précisé les articles ou les faits incriminés.
Selon plusieurs médias locaux, la HAC reproche au journaliste un manque d’« objectivité, de neutralité et d’équilibre dans l’information ».
Or, aux termes de l’article 30 de la loi L010 du 3 juillet 2020, le retrait de la carte de presse doit être précédé de la consultation de l’organisation professionnelle à laquelle appartient le journaliste et de la convocation de l’intéressé par lettre recommandée pour qu’il fournisse des explications. Selon les informations disponibles, la HAC n’aurait procédé à aucune de ces deux étapes, prenant sa décision sans avertissement préalable ni possibilité de défense.
« Jeune Afrique » dénonce une décision « arbitraire »
Le groupe de presse Jeune Afrique a réagi dans un communiqué publié sur son site, se disant « consterné » par cette annonce. Il souligne que la décision a été prise « sans aucune concertation ni discussion préalable avec l’intéressé ou sa hiérarchie » et qu’elle ne repose « sur aucun chef d’accusation précis susceptible d’étayer des reproches aussi flous que graves ».
Le groupe appelle la HAC à « revenir sur cette décision arbitraire, contraire aux principes que l’institution prétend défendre », et lui rappelle qu’elle se présente comme attachée « à la liberté de la presse et au pluralisme des médias ».
France 24 sanctionnée pour l’expression « président putschiste »
La veille de cette annonce, la HAC avait déjà adressé un avertissement à France 24, accusant la chaîne d’avoir « délibérément usé d’une terminologie inappropriée » à l’égard du chef de l’État. En cause : une présentatrice de la chaîne avait qualifié, le 14 septembre, le président guinéen Mamadi Doumbouya de « président putschiste ».
Arrivé au pouvoir par un coup d’État en 2021, Mamadi Doumbouya a été élu en décembre 2025 lors d’un scrutin sans opposition significative. Pour la HAC, cette formulation « ignore délibérément la légitimité conférée par les urnes ».
France 24 avait présenté ses excuses et corrigé la séquence, ajoutant une mention sous la vidéo sur son site indiquant que M. Doumbouya avait été « qualifié par erreur de président putschiste ». Malgré cela, la HAC a annoncé jeudi la suspension totale de France 24, reprochant à la chaîne d’avoir « maintenu les propos incriminés » et dénonçant une « désobéissance caractérisée, manifeste et délibérée » constituant « une atteinte flagrante à la souveraineté juridique de la République ». L’interdiction couvre tous les canaux techniques satellite, câble, applications mobiles et réseaux sociaux et Canal+ a été enjoint de couper immédiatement le signal.
Inquiétudes des organisations de défense de la presse
Sadibou Marong, responsable du bureau Afrique subsaharienne de Reporters sans frontières (RSF), estime que ces décisions « portent atteinte à la liberté d’information et au droit du public guinéen d’accéder à une information pluraliste ». L’opposition, réunie au sein de l’alliance « Les Forces vives de Guinée », dénonce de son côté un pouvoir qui, « après avoir muselé les médias nationaux, tente désormais de verrouiller l’accès aux médias internationaux ».
France 24 était déjà suspendue ou interdite de diffusion au Mali, au Burkina Faso, au Niger et au Togo.
Par Cherif Keita

