Sénégal : l’Assemblée vote la double déclaration de patrimoine, un texte à la croisée de la transparence et des tensions politiques

Les députés sénégalais ont adopté ce lundi 17 août, à une écrasante majorité de 133 voix sur 135 votants, une réforme constitutionnelle majeure imposant une double déclaration de patrimoine aux plus hautes autorités de l’État . Le texte, qui modifie l’article 37 de la Constitution, étend désormais l’obligation au président de la République, au Premier ministre et au président de l’Assemblée nationale .

Un outil de transparence renforcé

Jusqu’alors, seul le chef de l’État devait déclarer ses biens dans les trois mois suivant son entrée en fonction. La réforme ajoute une seconde obligation : une déclaration en fin de mandat, dont les documents seront rendus publics par le Conseil constitutionnel .

Cette exigence, qui vise à permettre aux citoyens de comparer le patrimoine des dirigeants avant et après leur passage au pouvoir, était un marqueur fort du projet de rupture défendu par l’ancien duo Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko .

Une réforme au cœur des tensions politiques

Si le principe de transparence a fait consensus, le texte est perçu par l’opposition comme un nouveau volet de la confrontation entre le président Faye et le président de l’Assemblée, Ousmane Sonko. Le député non-inscrit Thierno Alassane Sall dénonce un « traquenard politique », estimant que le parti Pastef cherche à « mettre des pièges sur la route du président Diomaye » .

Cette proposition de loi n’est pas un premier essai. Début juillet, le Conseil constitutionnel, saisi par le chef de l’État, avait censuré une première version du texte .

Le Pastef presse le président de promulguer

Pour la majorité parlementaire, l’urgence est à la concrétisation de cette promesse de campagne. Le député Pastef Amadou Ba, à l’origine de la proposition, appelle le président Faye à « être cohérent » et à promulguer la loi « sans nouveau recours ni référendum ». Le Pastef espère une promulgation avant la fin du mois . Toute l’attention est désormais tournée vers le chef de l’État, qui devra choisir entre sceller cette réforme emblématique ou ouvrir un nouveau front politique.

Par Cherif Keita 

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