Tchad : Des couloirs de Genève aux réalités des villages : le parcours hors norme de Ngafwé Lamtouin Lagasso un bâtisseur de Paix
Il aurait pu rester dans les tours de verre de Genève. Il a choisi les sentiers poussiéreux et boueuses du Tchad et de Moyen-Chari. Portrait d’un Tchadien d’exception qui prouve que l’on peut être à la fois reconnu sur la scène internationale et profondément ancré dans sa terre.
Il est 6 heures du matin. Dans un quartier modeste de la capitale, Ngafwé Lamtouin Lagasso range ses dossiers. Dans quelques heures, il échangera avec des responsables onusiens sur les mécanismes de protection des défenseurs des droits humains. Mais avant cela, il a promis de passer voir une coopérative de femmes dans la banlieue, de donner un conseil à un jeune éleveur et de prendre des nouvelles d’un artiste local qui traverse une passe difficile.
Bienvenue dans le quotidien d’un homme qui a fait de la double vie une force.
Un parcours qui impressionne, une humilité qui désarme
À 15 ans d’expérience, Ngafwe Lamtouin Lagasso aurait pu se reposer sur un CV qui ferait pâlir d’envie plus d’un haut fonctionnaire. Master en Coopération Internationale, Master Recherche en Nutrition Humaine et Sécurité Alimentaire (en cours), Master en Droit International des Droits de l’Homme (en cours), Ingénieur des Travaux du Développement Rural…
Fort d’une formation pluridisciplinaire de haut niveau, Ngafwé Lamtouin Lagasso incarne une expertise rare, à la croisée du droit international, de l’audit et de la gestion de projets humanitaires.
En Droits publics, il est certifié par l’Institut International des Droits de l’Homme de Strasbourg (France) en Droit International des Droits de l’Homme et Droit International Pénal (2026), une formation dispensée par l’une des institutions académiques les plus reconnues dans ce domaine.
Sur le plan de la gouvernance et du contrôle, il s’est perfectionné en Audit Interne, avec une préparation approfondie à la certification CIA (Certified Internal Auditor) suivie à Marrakech (Maroc) en 2024.
Dans le domaine de la gestion de projets humanitaires, il a été formé par le Centre Kalu, en Espagne, sur des thématiques clés : la réponse d’urgence, la préparation de propositions de projets, ainsi que la gestion et le cadre légal international, des compétences essentielles pour piloter des interventions humanitaires complexes.
Son expertise s’étend également au MEAL (Suivi, Évaluation, Redevabilité et Apprentissage), avec une spécialisation acquise au Burkina Faso en 2024, renforçant sa capacité à mesurer l’impact et la performance des programmes.
Enfin, en tant que Bâtisseur de Paix, il a été certifié par le Groupe Ressources pour la Paix (Allemagne) sur la gestion des ressources extractives et la résolution des conflits, un domaine stratégique dans les contextes marqués par les tensions liées aux ressources naturelles. Les titres ne manquent pas.
Cette expertise technique s’accompagne d’un engagement international reconnu : membre de plusieurs réseaux au niveau mondial, Ngafwé Lamtouin Lagasso collabore avec des ONG de premier plan telles que l’OMCT (Organisation Mondiale Contre la Torture), ISHR (International Service for Human Rights), la FIDH (Fédération Internationale pour les Droits Humains), Hivos et l’Association ANAIS.
Membre expert du Réseau SOS-Torture, Chargé d’éthique au sein du Réseau des Artisans de Paix en Afrique (RAPA), et membre du réseau EU-SEE, il continue de tisser des liens, de bâtir des ponts, et de semer des graines d’espoir.
Pourtant, quand on le rencontre, c’est d’abord sa simplicité qui frappe. Pas de jargon inutile, pas de distance condescendante. Il écoute, il conseille, il accompagne. Les communautés qu’il sert ne sont pas des bénéficiaires : ce sont des partenaires, des alliés dans une aventure collective.
« La confiance ne se décrète pas, elle se gagne jour après jour, sur le terrain, au milieu des gens », confie-t-il.
De Genève aux villages : un plaidoyer au service des populations
En 2024 et 2025, il a porté la voix du Tchad dans les instances les plus prestigieuses : le Conseil des Droits de l’Homme à Genève, l’Examen Périodique Universel (EPU), les dialogues onusiens sur la consolidation de la paix. Il a croisé des ministres, des ambassadeurs, des représentants de l’ONU. Et à chaque fois, il est revenu avec la même conviction : le plaidoyer international ne vaut que s’il irrigue les réalités du terrain.
Son travail à la Ligue Tchadienne des Droits de l’Homme (LTDH), où il a supervisé au moins 11 projets d’envergure nationale, en est l’illustration parfaite. Financés par Pain Pour le Monde, l’Union Européenne, le PNUD, le HCDH, GCERF, etc. Ces programmes touchent des milliers de Tchadiens et Tchadiennes, dans les domaines de la gouvernance, de l’accès aux services sociaux et de la protection des défenseurs des droits humains.
Nommé par arrêté ministériel comme Rapporteur du Comité Technique Multisectoriel de lutte contre la traite des personnes en 2021, il a contribué à poser les bases d’une réponse étatique coordonnée face à ce fléau. Un travail discret, mais fondamental.
Originaire du Mayo Kebbi Est, Ngafwé Lamtouin Lagasso possède une connaissance approfondie du terrain tchadien, ayant travaillé et parcouru de nombreuses localités à travers le pays : les deux Logones, le Moyen Chari, le Salamat, le Lac, le Kanem, les deux Mayo Kebbi, la Tandjilé, le Chari Baguirmi et le Ouaddaï. Cet ancrage territorial étendu lui confère une compréhension fine des réalités locales, un atout précieux dans la conduite d’actions humanitaires et de défense des droits humains à l’échelle nationale.
L’engagement social : une philosophie de vie
Mais c’est peut-être en dehors des cadres institutionnels que Ngafwe Lamtouin Lagasso donne sa pleine mesure. Partout où il passe, il laisse une empreinte. Dans les organisations de base, les groupements communautaires et les plateformes de réseautage, il est attendu, sollicité, écouté.
Son appui-conseil couvre des domaines d’une diversité surprenante :
· L’agriculture : il conseille les producteurs sur les bonnes pratiques et les filières porteuses.
· L’élevage : il accompagne les éleveurs dans la structuration de leurs activités.
· La santé : il sensibilise aux questions de nutrition et d’accès aux soins.
· Le sport et les loisirs : il soutient des initiatives éducatives pour les jeunes.
· L’entrepreneuriat : il aide les porteurs de projets à formaliser leurs activités.
Et puis il y a cette attention constante aux plus vulnérables. Les personnes âgées isolées, les enfants démunis, les femmes en situation de précarité, les artistes locaux en difficulté : tous savent qu’ils peuvent compter sur lui. Un geste, un conseil, une aide discrète mais régulière.
« La solidarité, ce n’est pas un slogan. C’est une respiration, une manière d’être au monde », glisse-t-il avec un sourire.
L’engagement a un prix. En novembre 2025, alors qu’il pilotait un projet de prévention de la radicalisation violente dans la province du Lac, lui et son équipe ont été accusés d’espionnage et retenus par les autorités locales. Une épreuve qui aurait pu briser des hommes moins solides.
Mais Ngafwé Lamtouin Lagasso en est sorti plus déterminé que jamais. Parce qu’il sait que la paix ne se construit pas dans le confort, mais dans l’adversité. Parce qu’il croit, profondément, que le Tchad mérite mieux que les facilités et les renoncements.
En ces temps incertains, où les repères vacillent et où la défiance gagne du terrain, des hommes comme Ngafwé Lamtouin Lagasso sont des phares. Ils nous rappellent que l’excellence et l’humilité peuvent coexister. Que l’engagement international et l’ancrage local ne sont pas contradictoires. Que la compétence technique et la générosité humaine sont les deux faces d’une même médaille.
Il incarne cette Afrique qui se lève, qui ne demande qu’à être reconnue pour ce qu’elle est : un continent de talents, de résilience et d’avenir.
« Ce que je fais, je ne le fais pas pour moi. Je le fais pour mes enfants, pour les enfants du Tchad, pour que demain soit meilleur qu’aujourd’hui. »
Ngafwé Lamtouin Lagasso ne demande rien pour lui. Mais il a besoin que d’autres le rejoignent. Que des jeunes, des femmes, des entrepreneurs, des artistes, des citoyens ordinaires s’approprient cette vision d’un Tchad plus juste, plus solidaire, plus pacifique.
Parce qu’ensemble, on va plus loin. Parce que la confiance est un chemin qui se construit à plusieurs. Parce que l’avenir du Tchad s’écrit aujourd’hui, avec des hommes et des femmes de bonne volonté.
Alors, oui, nous pouvons avoir confiance. En l’avenir. En notre pays. Et en des hommes comme Ngafwé Lamtouin Lagasso, qui, chaque jour, par leur travail et leur cœur, nous montrent le chemin.
Ensemble, bâtissons le Tchad que nous voulons.
Par Kenzo Brown





