Soudan : près de 800 femmes emprisonnées pour « collaboration présumée » avec les forces paramilitaires

 

Selon l’organisation de défense des droits humains SIHA, des centaines de femmes sont détenues dans les prisons soudanaises, accusées d’avoir collaboré avec les Forces de soutien rapide (FSR). Cuisiner pour des paramilitaires ou leur vendre du thé suffit désormais à être qualifiée de « collaboratrice ».

Au cœur des affrontements entre l’armée soudanaise et les forces paramilitaires au Darfour, des centaines de femmes font l’objet d’accusations qui les ont conduites derrière les barreaux. Le simple fait de cuisiner pour des paramilitaires ou de leur vendre du thé a été perçu comme un acte de collaboration par l’armée, qui a procédé aux arrestations, selon Hala al-Karib, directrice de l’organisation de défense des droits humains dénommée SIHA.

Des « crimes » de survie

Dans un contexte de guerre où des millions de personnes tentent simplement de survivre, ces femmes sont accusées d’avoir fourni une aide, même minime, aux forces paramilitaires. Une enseignante avait négocié avec les FSR pour permettre l’approvisionnement en eau de sa communauté. Une femme de plus de 70 ans a été condamnée à 20 ans de prison pour avoir vendu de la nourriture à des combattants. Une infirmière, restée soigner les blessés dans une zone contrôlée par les paramilitaires, a écopé de 10 ans de détention.

« Beaucoup de détenues sont des médecins, des infirmières, des vendeuses de thé ou de nourriture, qui ont simplement été contraintes par les circonstances de la guerre à continuer à travailler dans des zones contrôlées par les FSR », explique Adila Abou Bakr, responsable de la protection au sein de SIHA.

La défenseuse des droits humains dénonce la passivité du système judiciaire soudanais. Selon les juristes, les articles 50 et 51 du code pénal de 1991, aux termes très larges, permettent de condamner à mort ou à de longues peines toute personne accusée de « déstabiliser l’ordre constitutionnel » ou de « mener une guerre contre l’État ».

Me Abdel-Basset al-Hajj souligne que le terme de « collaborateur » n’existe même pas dans la loi soudanaise, et que la notion d’« assistance de quelque nature que ce soit » peut englober des actes purement liés à la survie. Un procureur chargé de ces dossiers a lui-même admis que, dans un seul État, plus de 1 000 femmes étaient poursuivies pour collaboration avec les FSR  tout en affirmant que « même si les signalements sont motivés par la vengeance, il s’agit de soupçons, et pour nous, un soupçon de collaboration équivaut à une certitude ».

Une réalité chiffrée alarmante

Selon les données de SIHA pour 2025, 840 femmes sont détenues dans les seules prisons contrôlées par l’armée soudanaise. À la prison pour femmes d’El-Obeid, environ 600 femmes sont incarcérées, dont plus de 10 % pour « collaboration » avec les FSR. Parmi elles, 83 enfants vivent en détention aux côtés de leurs mères.

Hala al-Karib rappelle que ces femmes ne sont pas restées dans les zones contrôlées par les paramilitaires par choix, mais par contrainte : la hausse du coût des déplacements et les loyers exorbitants dans les zones sûres ont laissé de nombreuses familles sans alternative.

« Au Soudan, les femmes sont toujours des dommages collatéraux de cette guerre », dénonce-t-elle.

Par Issa Abdou 

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