Sénégal : majorité présidentielle et anciens alliés s’affrontent par réformes interposées

 

Le conflit larvé entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancienne majorité parlementaire, désormais conduite par Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale, entre dans une phase décisive. Après l’adoption surprise d’une révision constitutionnelle sur la déclaration de patrimoine, l’exécutif riposte en brandissant l’arme du référendum, tandis qu’un nouveau texte sur les fonds spéciaux promet d’attiser les braises.

Une réforme adoptée, mais pas promulguée

Lundi, les députés ont voté massivement en faveur d’une modification de l’article 37 de la Constitution, imposant aux plus hautes autorités de l’État — président, Premier ministre et président de l’Assemblée — de déclarer publiquement leur patrimoine en début et en fin de mandat. Une victoire parlementaire pour le Pastef, qui y voit une mesure de transparence attendue.

Mais le chef de l’État ne compte pas en rester là. Dès le lendemain du vote, le gouvernement a annoncé son intention de soumettre le texte à un référendum. Un choix que les partisans de la réforme jugent dilatoire et coûteux, mais que l’exécutif justifie par la volonté d’inscrire la mesure dans une refonte constitutionnelle plus globale.

Le référendum, nouvelle arme de l’exécutif

Cette décision n’est pas sans rappeler le précédent de juillet dernier, lorsque le Conseil constitutionnel avait censuré une première révision portée par le Pastef, après une saisine du président. En convoquant le peuple dans les urnes, Bassirou Diomaye Faye reprend la main sur le calendrier politique et contourne, en apparence, une Assemblée qui lui est désormais hostile.

Pour ses adversaires, il s’agit d’un coup d’arrêt déguisé. « Sur un sujet aussi consensuel, pourquoi recourir au référendum ? », s’interroge un élu de la majorité sortante, qui dénonce une manœuvre destinée à gagner du temps et à affaiblir l’opposition parlementaire.

Les fonds spéciaux dans le viseur

Le prochain épisode de cette guerre d’institutions se jouera mercredi, avec l’examen d’un texte visant à renforcer le contrôle des fonds spéciaux alloués à la présidence et à la Primature. Ces dotations, souvent qualifiées d’opaque, concentrent les critiques de l’opposition, qui réclame une transparence accrue.

Mais le projet suscite des réserves, y compris dans les rangs des défenseurs de la bonne gouvernance. Certains experts mettent en garde contre un encadrement trop strict, qui pourrait entraver des dépenses nécessaires à la sécurité ou à des négociations sensibles. Le débat promet d’être vif, entre exigence démocratique et impératifs de discrétion.

Une confrontation institutionnelle durable

À travers ces deux réformes, c’est bien un rapport de force qui se dessine entre un président déterminé à garder la main sur le processus législatif et une Assemblée reconquise par son ancien allié, devenu adversaire. Alors que la transparence est brandie comme un étendard des deux côtés, chaque camp semble surtout chercher à imposer son rythme et sa légitimité.

Dans ce contexte, le référendum pourrait bien devenir une habitude, transformant la rue en ultime arbitre d’un conflit que les institutions peinent à résoudre.

Par Cherif Keita 

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