Guinée : Fin de carrière pour le magistrat Algassimou Diallo : le Conseil supérieur de la Magistrature prononce sa révocation

Figure emblématique du procès du 28 septembre 2009, l’ancien avocat général près la Cour suprême est définitivement exclu du corps judiciaire pour « manquements graves à la dignité de la profession ».

Le parcours tumultueux d’Algassimou Diallo vient de connaître son épilogue judiciaire. Suspendu il y a seulement deux jours de ses fonctions d’avocat général près la Cour suprême, le magistrat a été définitivement révoqué du corps de la magistrature par le Conseil supérieur de la Magistrature (CSM), réuni en formation disciplinaire.

La décision, rendue à huis clos, met un terme brutal à la carrière de l’un des acteurs judiciaires les plus en vue du paysage guinéen.

Des « manquements graves » retenus contre le magistrat

Saisi par le Garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Ibrahima Sory II Tounkara, le CSM a estimé que les faits reprochés à Algassimou Diallo étaient « établis ». Dans son délibéré, l’instance disciplinaire a qualifié ces manquements de « graves aux devoirs de son état, à l’honneur, à la délicatesse et à la dignité de la profession de magistrat ».

La révocation a été prononcée sur le fondement des articles 20, 35 et 36 de la loi organique L/054/CNT/2013 du 17 mai 2013 portant Statut des Magistrats. Le document officiel, signé par le Rapporteur Hassan 2 Diallo et le Président du CSM, Sidy Souleymane Ndiaye, sera notifié à l’intéressé et publié.

Une trajectoire judiciaire marquée par les soubresauts

Algassimou Diallo n’est pas un magistrat ordinaire. Sa notoriété, il la doit à son rôle central lors du procès historique du massacre du 28 septembre 2009, où il occupait les fonctions de chef du ministère public au Tribunal de première instance de Dixinn. Une période qui l’avait propulsé sur le devant de la scène médiatique.

Mais ces derniers mois, sa carrière a connu une série de revirements spectaculaires :

· 1er novembre 2025 : promu Procureur général près la Cour d’appel de Kankan.
· 18 décembre 2025 : rétrogradé brutalement au poste de Procureur de la République près le TPI de N’Zérékoré.
· 3 février 2026 : rappelé dans les hautes sphères judiciaires comme Avocat général près la Cour suprême.

Cette nomination à la Cour suprême, qui semblait marquer une réhabilitation, n’aura finalement duré que quelques mois avant que la procédure disciplinaire ne soit engagée.

Les motifs de la sanction restent flous

À ce stade, la nature précise des « manquements » reprochés à Algassimou Diallo n’a pas été détaillée par le CSM, qui a statué à huis clos. La décision évoque des atteintes à « l’honneur » et à « la délicatesse », des termes génériques qui, dans le langage disciplinaire de la magistrature, recouvrent des faits pouvant aller du manquement déontologique à la faute professionnelle grave.

L’absence de précision sur les charges retenues laisse planer un voile sur les raisons profondes de cette révocation, qui intervient dans un contexte judiciaire guinéen marqué par des tensions récurrentes entre les différents pouvoirs.

Une carrière brisée, un symbole

Algassimou Diallo, dont le nom reste indissociablement lié à la quête de justice pour les victimes du 28 septembre, voit ainsi sa carrière s’achever dans la disgrâce. Pour ses soutiens, cette révocation est perçue comme une sanction politique déguisée. Pour ses détracteurs, elle est la conséquence logique de manquements professionnels répétés.

Une chose est certaine : ce jeudi 20 août 2026 restera comme la date de la chute d’un homme qui avait incarné, un temps, l’espoir d’une justice indépendante en Guinée.

Par Cherif Keita 

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