Sénégal :Déclaration de politique générale : Al Aminou Lô face au défi de la vie chère et de l’accord avec le FMI
Le Premier ministre sénégalais, Ahmadou Al Aminou Lô, présente ce mardi sa Déclaration de politique générale (DPG) devant l’Assemblée nationale. Exercice crucial dans un contexte de tensions économiques et politiques, il doit à la fois répondre à l’urgence sociale de la vie chère et défendre un accord de principe avec le Fonds monétaire international (FMI), tout en composant avec une majorité parlementaire présidée par son prédécesseur, Ousmane Sonko .
L’intervention du chef du gouvernement intervient dans un climat social tendu, comme en témoigne la manifestation contre le coût de la vie organisée samedi dernier à Dakar. La population, confrontée à la flambée des prix des denrées de première nécessité et des loyers, attend des mesures concrètes et immédiates .
Un diagnostic économique alarmant et un plan de redressement
Devant les députés, Ahmadou Al Aminou Lô a dressé un tableau sombre des finances publiques héritées. Selon ses déclarations, la dette du secteur public consolidée atteignait environ 132% du PIB fin 2024, et le déficit budgétaire pour 2025 s’est maintenu à un niveau élevé de 6,4% du PIB . Le Sénégal a subi cinq dégradations successives de sa note souveraine par les agences Moody’s et Standard & Poor’s .
Pour redresser la barre, le gouvernement mise sur un vaste Plan de Redressement Économique et Social (PRES) doté de 6 166 milliards de FCFA. Ce plan prévoit l’assainissement des comptes publics, notamment via l’apurement des arriérés de paiements de l’État (1 956 milliards de FCFA à fin mars 2025), et une révision des subventions jugées inéquitables, comme celle du carburant dont 65% bénéficieraient aux ménages les plus aisés .
L’accord avec le FMI : une « thérapie sur mesure » à expliquer
Au cœur des attentes figure le nouvel accord de principe conclu début septembre avec le FMI pour un programme de 2,2 milliards de dollars sur 36 mois . Ce programme, présenté comme un Plan de Traitement de la Dette du Sénégal (PTDS), vise à rétablir la viabilité des finances publiques et à renforcer la transparence après la découverte d’une dette non déclarée sous l’administration précédente .
Le ministre de l’Économie, Cheikh Diba, a assuré que le Sénégal ne recourrait pas à une restructuration classique, qualifiant le plan de « traitement » progressif . Cependant, Ousmane Sonko, désormais président de l’Assemblée nationale, a exprimé sa circonspection, réclamant des « précisions sur les engagements du Sénégal » avant toute approbation définitive .
Concilier rigueur budgétaire et protection sociale
Le Premier ministre a également annoncé des mesures pour amortir l’impact des réformes sur les ménages. Une enveloppe de 300 milliards de FCFA sera décaissée pour régler les créances de l’État envers les entreprises, ce qui devrait réinjecter des liquidités dans l’économie . Par ailleurs, l’objectif est de doubler l’enveloppe dédiée aux filets sociaux, pour la porter à 140 milliards de FCFA en 2027, afin de couvrir un million de ménages vulnérables .
Un test politique sous la présidence de Sonko
La DPG est aussi un test politique majeur. Le gouvernement, composé sans représentants du parti majoritaire Pastef, doit naviguer entre l’exécutif et un législatif présidé par Ousmane Sonko, avec qui les relations sont tendues . Le report de la DPG et les désaccords sur la gestion des fonds spéciaux ont illustré les tensions entre les deux pouvoirs .
Ahmadou Al Aminou Lô a tenté de désamorcer les critiques en affirmant que son action s’inscrirait dans la continuité des « sept ruptures » de la précédente DPG d’Ousmane Sonko, promettant de « bâtir un État qui sert et non qui se sert » . Sa déclaration sera suivie d’un débat parlementaire, qui pourrait, selon l’article 55 de la Constitution, déboucher sur un vote de confiance. L’issue de cette séance est incertaine, mais elle scellera la capacité du gouvernement à avancer sur la voie du redressement dans un climat social et politique sous haute tension .
Par Cherif Keita

