Sénégal : le PASTEF accuse l’État de bloquer les élections locales, la CENA et le ministère contre-attaquent

 

Le parti présidentiel PASTEF-Les Patriotes est monté au créneau ce vendredi 4 septembre. Dans un communiqué cinglant, la formation d’Ousmane Sonko dénonce ce qu’elle qualifie de « frein délibéré » à l’organisation des élections territoriales, mettant en cause le ministère de l’Intérieur et la Commission électorale nationale autonome (CENA). Le bras de fer autour du calendrier électoral s’intensifie.

Une demande rejetée, un processus au point mort

Le 26 août dernier, le Bureau politique national du PASTEF avait officiellement saisi le ministre de l’Intérieur et la CENA, avec copie au chef de l’État, pour exiger le déclenchement immédiat du processus électoral local. Verdict des deux institutions : une réponse jugée « défavorable » par le parti.

Le cœur du litige tient en une question : le décret présidentiel fixant la date du scrutin doit-il être publié dans un délai contraint, ou les autorités disposent-elles d’un pouvoir discrétionnaire ?

La position du ministère : « aucun délai légal n’est imposé »

Dans sa réponse datée du 28 août, le ministre de l’Intérieur s’appuie sur l’ordonnance n° 33 du 27 août 2026 de la Cour suprême pour justifier son analyse. Si l’article L.63 du Code électoral prévoit qu’un décret fixe la date du scrutin, les articles L.236 et L.269 « n’imposent aucun délai à l’autorité compétente pour édicter ledit décret ».

Le ministre rappelle que son département ne peut initier seul l’ouverture du calendrier électoral, cette prérogative relevant exclusivement de la présidence de la République. Il affirme néanmoins sa volonté de « se conformer à la loi électorale, dans un esprit de dialogue et de concertation avec l’ensemble des acteurs concernés ».

Le PASTEF dénonce une « interprétation erronée » des textes

Le parti présidentiel rejette en bloc l’argumentation ministérielle, qu’il qualifie de « tentative maladroite » de justifier l’inaction présidentielle. Selon les Patriotes, l’absence de décret est une violation du Code électoral.

Leur raisonnement s’appuie sur un enchaînement juridique : le décret fixant la date du scrutin doit précéder l’arrêté fixant le montant de la caution, lui-même soumis à un délai impératif de 150 jours avant le vote (articles L.247 et L.282). « Il ne saurait en être autrement du décret de fixation même de la date du scrutin, acte fondateur dudit arrêté » , insiste le parti.

La CENA accusée de se dérober à ses responsabilités

Le PASTEF s’en prend également à la Commission électorale nationale autonome, qui estimerait que sa mission de contrôle « commence avec la révision des listes électorales et s’achève à la proclamation provisoire des résultats ». Une position jugée inacceptable par les Patriotes.

S’appuyant sur les articles L.5, L.6 et L.13 du Code électoral, le parti rappelle que la CENA est investie d’une mission régalienne de contrôle garantissant la régularité et la périodicité des scrutins.

« Admettre que la fixation de la date lui échappe parce qu’elle serait « en amont » reviendrait à concéder qu’il suffit à l’exécutif de s’abstenir pour paralyser l’ensemble des missions de la CENA » , tonne le communiqué.

Un passé douloureux et une crainte de résurgence des tensions

Le parti fondé par Ousmane Sonko n’omet pas de rappeler les précédents. « Plus de deux ans après le report qui a engendré de nombreuses pertes en vies humaines » , la formation politique exprime sa « vive préoccupation face au risque de résurgence des tensions politiques ».

Le PASTEF déplore que l’actuel Président de la République « renoue avec les démons politiques du passé en déchirant le pacte de loyauté à l’égard du droit électoral, et ce, pour des raisons bassement politiciennes ».

Une exigence : la parole du président

Face à ce qu’il nomme un « report illégal », le PASTEF exige que le président Bassirou Diomaye Faye s’adresse directement au peuple sénégalais pour justifier ces retards. Le parti réaffirme son attachement indéfectible au respect des échéances électorales, seules garantes du dialogue entre le peuple et ses représentants.

Alors que l’échéance de janvier 2027 se rapproche, l’absence de calendrier électoral officiel alimente les interrogations. Le parti a clairement indiqué son intention de poursuivre le combat par « toutes les voies républicaines et juridictionnelles » pour obtenir le respect du calendrier.

Cette controverse survient dans un contexte politique tendu, marqué par la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, anciens alliés devenus rivaux. Les élections locales s’annoncent déjà comme le premier test électoral entre les deux camps.

Par Cherif Keita 

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