Guinée : un financement record de 150 millions d’euros pour la refondation du système éducatif

 

Le gouvernement guinéen a annoncé la mobilisation d’une enveloppe de 150 millions d’euros pour un vaste programme de construction et de rénovation d’infrastructures éducatives. L’initiative, portée par l’Agence nationale de financement de l’éducation (ANAFE), s’inscrit dans la stratégie nationale « Simandou 2040 » visant à faire du capital humain le moteur de la transformation du pays.

La convention a été signée à Conakry entre l’ANAFE et le groupe allemand Wendit Group. Ce partenariat prévoit non seulement la construction de plus de 400 établissements publics, représentant plus de 3 000 salles de classe, mais également des infrastructures dédiées à l’enseignement supérieur et à la formation professionnelle .

Le Directeur général de l’ANAFE, Aboubacar Cissé, a souligné l’importance de cette mobilisation qui permettra de renforcer les capacités d’accueil et d’améliorer les conditions d’apprentissage. Il a également précisé que cette enveloppe vise à répondre à un déséquilibre structurel : environ 75 % des ressources du secteur sont actuellement absorbées par les dépenses de fonctionnement, au détriment des investissements .

L’ambition « Simandou 2040 » au cœur du projet

Ce financement s’inscrit dans une vision plus large portée par le président Mamadi Doumbouya, dont le Programme Simandou 2040 fait de l’éducation un levier central de développement national . L’objectif affiché est de préparer une génération capable de porter la transformation économique du pays en modernisant les curricula et en développant les compétences techniques .

Ce volet « capital humain » est également soutenu par des projets complémentaires, comme le financement de 100 millions de dollars accordé par la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) pour moderniser l’Université Julius Nyerere de Kankan, qui devrait doubler sa capacité d’accueil pour atteindre 20 000 étudiants .

Si l’annonce est saluée, elle intervient dans un contexte où le système éducatif guinéen reste confronté à des difficultés majeures. Les salles de classe sont parmi les plus surchargées d’Afrique de l’Ouest, avec un ratio moyen de 43 élèves par enseignant dans le public . Selon une évaluation de l’UNESCO en 2024, 83 % des enfants guinéens de 10 ans ne savent pas lire un texte simple .

Par ailleurs, la concrétisation de ce projet devra composer avec les tensions sociales. En août 2026, les syndicats d’enseignants ont menacé de faire grève pour exiger le déblocage de contrats impayés, un rappel que les infrastructures nouvelles devront être accompagnées de recrutements et de formations adéquates pour être réellement efficaces .

L’appel à la mobilisation du secteur privé

L’ANAFE, créée à l’initiative du chef de l’État pour diversifier les sources de financement, entend poursuivre ses efforts. Aboubacar Cissé a lancé un appel aux entreprises locales pour qu’elles s’impliquent davantage dans le financement de l’éducation, afin de compléter ces apports exogènes . Le succès de ce programme dépendra de la capacité des autorités à transformer ces promesses financières en résultats tangibles pour les élèves et les communautés locales .

Par Frédéric Konaté 

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