Tchad : 5ᵉ Colloque international de l’ENA-Tchad : le Dr Adoum Inoua marque les esprits.
Certaines prises de parole éclairent une salle ; d’autres en changent la perception. Celle du Dr ADOUM INOUA, lors du 5ᵉ Colloque International de l’École Nationale d’Administration (ENA) du Tchad, relève de la seconde catégorie. Face à une assemblée de professeurs d’université, de chercheurs et de praticiens accourus de tout le continent, ce jeune docteur en droit public a délivré un message résolument optimiste : la décentralisation africaine est à portée de main, pour peu que chacun accepte d’y prendre sa part.
Le thème retenu « Le développement endogène des États d’Afrique » exigeait des réponses concrètes. Le Dr ADOUM INOUA en a apporté. Au panel 3, dédié à la Gouvernance, à l’état de droit, à la démocratie et aux transformations institutionnelles, il a présenté une communication intitulée « La participation citoyenne au développement et à la bonne gouvernance locale au Tchad, un levier de légitimité et d’efficacité de la décentralisation ». À rebours des discours de fatalité, il a tracé une voie claire, réaliste et rassurante.
Sa conviction, énoncée avec force et simplicité : la décentralisation est une responsabilité partagée. Au Tchad, elle est juridiquement acquise, mais sa mise en œuvre demeure un défi. La participation, quant à elle, est « encore plus proclamée que pratiquée ». Le Dr ADOUM INOUA en tire une conclusion encourageante : si chaque acteur assume pleinement son rôle, l’échec n’est pas une fatalité. Ni le pouvoir central, ni les élus locaux, ni les citoyens ne peuvent porter seuls la charge d’un chantier qui les concerne tous.
Ce qui distingue le conférencier, c’est son aptitude à transformer une matière complexe en feuille de route accessible. La participation, rappelle-t-il, est une exigence juridique consacrée par la Constitution (articles 6, 28, 226, 255, 256), les lois organiques n°014 et 028/CNT/2024, ainsi que par les instruments internationaux (article 13 de la Charte africaine, article 25 du PIDCP, ODD 16.7). Elle se décline en trois formes électorale, consultative et collaborative et se comprend à travers deux légitimités : celle d’origine, issue des élections du 29 décembre 2024, et celle d’exercice, qui se gagne chaque jour.
Surtout, il propose une répartition limpide des responsabilités, de nature à rassurer chaque partie prenante. Au pouvoir central : prendre enfin les décrets d’application manquants et garantir des transferts financiers prévisibles. Aux élus locaux : instaurer des cadres permanents de concertation, publier les budgets, aller à la rencontre de la population et rendre compte une redevabilité tournée vers le citoyen plutôt que vers le parti. Aux citoyens : s’informer, participer aux séances publiques, se structurer en comités de gestion et faire vivre le contrôle citoyen. « La décentralisation ne se consomme pas, elle se co-construit », a-t-il martelé, offrant ainsi une perspective mobilisatrice et porteuse d’avenir.
Pour rompre le cercle vicieux, il plaide pour le renforcement des leviers normatif, institutionnel, culturel et financier. Sa conclusion résonne comme un message d’espérance : « La participation est le pont entre la confiance et le développement. La décentralisation tchadienne ne se décrétera pas : elle se construira, par une responsabilité partagée, commune par commune, avec l’État, les élus et les citoyens. »
Les participants ne s’y sont pas trompés. À l’issue de l’exposé, les félicitations ont afflué, saluant la maîtrise du thème, la clarté de la transmission pédagogique et le savoir-faire d’un jeune docteur dont le talent s’est démarqué durant tout le colloque. Il s’agissait de sa troisième participation aux assises de l’ENA, sur des sujets variés indice d’une curiosité intellectuelle et d’une constance dans l’effort qui forcent le respect.
Son parcours parle de lui-même : docteur en droit public, enseignant-chercheur, expert consultant indépendant en droit de la décentralisation, gouvernance et développement local. Autant de casquettes qui nourrissent une pensée à la fois rigoureuse et ancrée dans le réel. « Merci à l’ENA-Tchad pour cette plateforme d’échanges panafricaine. La réflexion continue », a-t-il déclaré avec une modestie qui n’entame en rien l’éclat de sa prestation.
Au-delà de sa communication, le Dr ADOUM INOUA incarne une génération de chercheurs africains qui marient excellence académique et engagement pour le développement endogène de leurs États. Son passage à N’Djamena restera comme l’un des temps forts de ce 5ᵉ Colloque International. Et si la décentralisation tchadienne « se construira, commune par commune, avec l’État, les élus et les citoyens », alors des voix comme la sienne constituent autant de raisons d’espérer et de croire en l’avenir.
Par Kenzo Brown

