Ghana : Bernard Antwi Boasiako, figure de l’opposition, condamné à 20 ans de prison pour exploitation minière illégale

La Haute Cour d’Accra a infligé une peine de 20 ans d’emprisonnement avec travaux forcés à Bernard Antwi Boasiako, alias « président Wontumi », responsable régional influent du Nouveau Parti patriotique (NPP), principal parti d’opposition au Ghana. Il est reconnu coupable d’infractions liées à l’exploitation minière illégale.

Une condamnation historique

Le tribunal a jugé que M. Boasiako avait procédé à la cession illégale de droits miniers et facilité des activités minières non autorisées sur une concession située à Samreboi, dans la région de l’Ouest. Sa société, Akonta Mining Limited, a également été condamnée à une amende de plus de 120 000 cedis ghanéens (environ 6 millions de FCFA).

Selon les magistrats, les droits miniers ont été transférés sans l’autorisation préalable du ministère chargé des Terres et des Ressources naturelles, en violation de la législation en vigueur. La présidente du tribunal a estimé que les éléments de preuve présentés par l’accusation établissaient la culpabilité « au-delà de tout doute raisonnable ».

« Cette décision démontre que nul n’est au-dessus de la loi, quel que soit son rang politique », a déclaré un porte-parole du parquet à l’issue de l’audience.

Une figure politique menacée

Bernard Antwi Boasiako est l’une des figures les plus en vue du NPP dans la région d’Ashanti, bastion historique du parti. Sa condamnation fait de lui l’un des plus hauts responsables politiques jamais sanctionnés dans une affaire de galamsey – le nom local donné à l’exploitation minière illégale.

Sa défense a immédiatement annoncé son intention de faire appel, dénonçant une décision « injuste » et « politiquement motivée ». Dans un communiqué, le NPP a accusé le gouvernement du président John Mahama de chercher à affaiblir l’opposition à l’approche des échéances électorales.

Les autorités ont rejeté ces accusations, présentant cette condamnation comme une étape majeure dans la lutte contre l’exploitation minière illégale, fléau qui ravage les forêts, pollue les cours d’eau et dégrade les terres agricoles du pays.

Cette affaire intervient alors que la pression s’accentue sur le gouvernement ghanéen pour qu’il renforce sa répression contre le galamsey. Le phénomène, alimenté par la pauvreté rurale et la cherté de l’or, implique des réseaux informels puissants, mais aussi des acteurs économiques et politiques bien connectés.

Les organisations environnementales ont salué la décision judiciaire, tout en réclamant des poursuites contre d’autres responsables impliqués dans ce trafic. Elles estiment que la destruction des écosystèmes forestiers et aquatiques du Ghana atteint un niveau critique, menaçant à la fois la biodiversité et les moyens de subsistance des communautés locales.

L’appel annoncé par la défense pourrait prolonger ce feuilleton judiciaire pendant plusieurs mois. En attendant, la condamnation de Bernard Antwi Boasiako envoie un signal fort aux acteurs de l’exploitation minière illégale : le Ghana semble déterminé à faire respecter ses lois, même lorsqu’elles touchent les cercles du pouvoir.

Par Rodrigue Izumo 

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