Ghana : Tous les permis de port d’armes suspendus, un examen de santé mentale désormais obligatoire

 

Le gouvernement ghanéen a ordonné la suspension immédiate de tous les permis de port d’armes et instauré de nouvelles conditions strictes pour leur renouvellement. Désormais, les détenteurs d’armes devront se soumettre à une évaluation de santé mentale, à un test de dépistage de drogues et à une formation pratique au maniement des armes .

Cette annonce a été faite le mardi 23 juin 2026 par le ministre de l’Intérieur, Muntaka Mohammed-Mubarak, lors d’une conférence de presse à Accra . Elle fait suite à plusieurs incidents récents, dont trois suicides impliquant des propriétaires d’armes légalement autorisées, qui ont mis en lumière les lacunes du système actuel de délivrance des permis .

 

Le ministre a reconnu que les procédures en vigueur se limitaient principalement à des vérifications administratives, sans imposer d’évaluation psychiatrique, de dépistage de drogues ni de formation pratique . Pourtant, la loi sur les armes et munitions exigeait déjà que les demandeurs soient de « bonne moralité » et « sains d’esprit » . « Nous nous rendons compte que ce qui manquait, c’est que nous n’effectuons pas de contrôles de santé mentale. Nous ne faisons pas de tests de drogue. Nous ne formons pas non plus correctement les gens », a déclaré M. Muntaka .

Le ministre a lui-même illustré les carences du système : « Moi, Muntaka, je détiens une arme. Quand je suis allé l’enregistrer, on ne m’a pas fait passer d’examen de santé mentale. On n’a pas vérifié si je consommais des drogues. Je n’ai pas été formé pour savoir si je sais même la manier » .

Les nouvelles étapes obligatoires pour les détenteurs d’armes

Les propriétaires d’armes disposent d’environ trois mois à compter du 23 juin 2026 pour se conformer aux nouvelles exigences . La procédure comprend six étapes obligatoires à suivre dans l’ordre :

1. Se présenter au service de police du Ghana pour entamer le processus de revalidation .
2. Subir une évaluation de santé mentale, confiée à l’Autorité de santé mentale, seule agence habilitée à déterminer l’aptitude psychologique du demandeur à posséder une arme .
3. Effectuer un test de dépistage de drogues, réalisé par la Commission de contrôle des stupéfiants .
4. Suivre une formation pratique au maniement des armes, dispensée dans des stands de tir agréés par la police à travers le pays, comme le stand de Tesano à Accra .
5. Se soumettre à des vérifications de sécurité effectuées par le Bureau national de renseignement et la Division criminelle de la police .
6. Obtenir le renouvellement du permis après validation de toutes les étapes .

Toute personne qui échouerait à une étape ne verra pas son permis renouvelé. Ceux qui tenteraient de dissimuler une arme après cette étape s’exposent à des poursuites judiciaires . Le ministre a précisé que les institutions désignées sont prêtes à commencer les opérations immédiatement .

Le ministre a justifié cette réforme par un contexte de santé publique alarmant. Le Ghana a enregistré 134 décès par suicide en 2024, soit une augmentation de 40 % par rapport à 2023, et 1 174 personnes ont tenté de mettre fin à leurs jours au cours de la même période. Au premier semestre 2025, 475 tentatives de suicide ont déjà été signalées, selon l’Autorité de santé mentale .

Le directeur général par intérim de l’Autorité de santé mentale, le Dr Eugene K. Dordoye, a souligné que les comportements suicidaires sont principalement causés par la dépression, les troubles bipolaires, la schizophrénie et la toxicomanie. Il a également mis en garde contre la relation à double tranchant entre la toxicomanie et le comportement suicidaire .

La recherche internationale confirme le lien entre l’accès aux armes à feu et le risque de suicide. Des études menées en Irlande du Nord ont démontré que les détenteurs d’armes autorisées présentent un risque de suicide mesurablement plus élevé .

Si cette réforme est saluée, elle soulève des questions sur la capacité des institutions à la mettre en œuvre. Le Ghana compte plus de 2,3 millions de personnes vivant avec divers troubles mentaux, mais les soins de santé mentale restent un défi, avec un taux de couverture des besoins de 98 % .

Les trois hôpitaux psychiatriques du pays sont situés dans le Sud, et seuls trois psychiatres sur une soixantaine travaillent dans le Nord, obligeant certains habitants à parcourir plus de 700 kilomètres pour recevoir des soins . Obliger plus de 100 000 détenteurs d’armes enregistrés à passer une évaluation psychiatrique constitue donc un défi institutionnel considérable .

Le ministre a indiqué que les commandements régionaux de police ont été chargés d’identifier des lieux de formation en dehors d’Accra, et que la même logique de décentralisation doit s’appliquer aux évaluations psychiatriques . Concernant les coûts, les détenteurs ayant déjà payé leurs frais de licence 2025/2026 ne seront pas tenus de les payer à nouveau, mais des frais supplémentaires pourraient s’appliquer pour les nouvelles évaluations .

Cette réforme intervient quelques jours après une fusillade à Kwabenya, qui a relancé le débat sur la réglementation des armes à feu et les activités des sociétés de sécurité privées .

Par Rodrigue Izumo 

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