Guinée-Bissau : Horta Inta-A tourne définitivement la page Embaló et ordonne une enquête sur les assassinats de son régime

Le président de transition de Guinée-Bissau, le général Horta Inta-A, a ordonné l’ouverture d’une enquête sur les assassinats commis sous le régime de l’ancien président Umaro Sissoco Embaló. Une décision qui consacre la rupture définitive entre les deux hommes, longtemps présentés comme des proches. Le régime militaire a par ailleurs annoncé la libération des prisonniers politiques, la fin des persécutions et des mesures facilitant le retour au pays de responsables contraints à l’exil.

D’après les informations de la Deutsche Welle (DW), Horta Inta-A a ordonné que toute la lumière soit faite sur les assassinats perpétrés durant le mandat d’Embaló, au pouvoir de février 2020 à novembre 2025. Le général Horta N’Tam, devenu Horta Inta-A, avait été investi président de la transition à la tête du Haut Commandement militaire après le coup d’État du 26 novembre 2025, qui avait renversé Embaló.

Le régime militaire a également ordonné la libération des prisonniers politiques et proclamé la fin des persécutions politiques. Cette décision prolonge un processus d’apaisement engagé depuis plusieurs mois. En janvier 2026, le principal opposant Domingos Simões Pereira, détenu depuis plus de 60 jours, avait été placé en résidence surveillée, tandis que Fernando Dias da Costa, candidat réclamant la victoire à la présidentielle de novembre 2025, avait pu regagner son domicile après s’être réfugié à l’ambassade du Nigeria. La CEDEAO avait alors salué ces « pas importants » vers un environnement politique inclusif.

Le régime facilite en outre le retour au pays de plusieurs responsables politiques contraints à l’exil. Cette ouverture contraste toutefois avec le traitement réservé à Embaló lui-même : fin septembre 2026, l’ancien président avait annoncé son retour pour le 4 octobre et sa candidature à la présidentielle du 6 décembre. La junte avait alors jugé que « les conditions de sécurité » n’étaient pas réunies pour garantir ce retour, invoquant la préservation de l’ordre public et la prévention de situations susceptibles de compromettre la stabilité sociale.

Ces annonces interviennent à un mois des élections générales du 6 décembre 2026, dans un pays qui a connu cinq coups d’État depuis son indépendance du Portugal en 1974. Une nouvelle Constitution, adoptée par référendum en août 2026 avec 70 % de suffrages favorables, a renforcé les prérogatives du président et introduit une clause de résidence continue de cinq ans pour les candidats à la présidentielle une disposition dont l’impact sur la candidature d’Embaló reste incertain.

La rupture entre Horta Inta-A et Embaló, longtemps alliés, redessine ainsi le paysage politique bissau-guinéen à l’approche d’un scrutin décisif pour l’avenir institutionnel du pays.

Par Jérôme Wailifu 

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