Guinée : fin de l’or brut à l’export, le raffinage local devient obligatoire

 

C’est un tournant historique pour le secteur minier guinéen. Le président Mamadi Doumbouya a signé l’arrêté qui interdit, avec effet immédiat, toute exportation d’or non transformé. La décision a été prise à l’issue d’une réunion de crise avec les producteurs, vendredi 19 juin.

Objectif affiché : obliger les compagnies minières à raffinier sur place, afin de générer des emplois locaux et de retenir une part bien plus importante des revenus générés par ce métal précieux. Fini le temps où l’or guinéen partait en poudre brute vers l’étranger pour y être transformé, certifié et revendu à prix d’or – sans que le pays n’en voie les bénéfices.

« La Guinée ne peut plus se contenter d’exporter sa richesse sans la valoriser », a martelé le chef de l’État, qui parle désormais d’ »indépendance économique par la transformation ».

Pour concrétiser cette ambition, le gouvernement mise sur la toute nouvelle Nimba Gold Refinery (NGR), située aux portes de Conakry. Avec une capacité initiale de 250 tonnes par an, extensible à 500 tonnes, cette infrastructure se veut la première grande raffinerie d’or d’Afrique de l’Ouest. Elle doit permettre à chaque lingot guinéen d’être dorénavant fondu, estampillé et certifié localement.

Mais le défi est immense : le pays produit près de 70 tonnes d’or par an, dont l’essentiel provient du secteur artisanal, encore largement informel. La réussite de cette politique dépendra de la capacité des autorités à contrôler et intégrer ces milliers d’orpailleurs dans le circuit officiel. Un centre d’achat d’or est déjà prévu à Kankan pour fluidifier cette transition.

Le président Doumbouya a été clair : toute infraction à cette nouvelle règle entraînera des sanctions lourdes, allant du retrait de permis à des poursuites judiciaires. Une mise en garde ferme, alors que la Guinée rejoint ainsi le mouvement continental qui voit de plus en plus de pays africains exiger la transformation locale de leurs matières premières.

Conakry parie sur la valeur ajoutée. Reste à savoir si les filières artisanale et industrielle suivront le mouvement.

Par  Frédéric Konaté 

Commentaires Facebook