Monde : Mondial 2026 : Refoulé par les États-Unis, l’arbitre somalien Omar Artan accueilli en héros à Mogadiscio

 

Le rêve brisé d’une entrée sur le sol américain s’est transformé en triomphe national. L’arbitre Omar Artan, injustement écarté du Mondial 2026 par les services d’immigration des États-Unis, a reçu un accueil digne d’un chef d’État à son retour à Mogadiscio. La leçon d’humanité vient de Somalie.

C’est l’histoire d’un homme qui avait tout pour réussir. Les papiers. Le visa. La reconnaissance internationale. Et pourtant, il a été traité comme un vulgaire passager indésirable. Omar Abdulkadir Artan, 34 ans, désigné meilleur arbitre africain de l’année 2025, devait entrer dans l’histoire : premier Somalien à officier lors d’une Coupe du monde de football.

Arrivé à l’aéroport international de Miami le 6 juin 2026 avec son visa en poche, il a été interrogé pendant onze heures, placé en cellule, puis renvoyé vers Istanbul comme un colis postal. Motif officiel des autorités américaines : des « préoccupations liées au filtrage », sans aucun détail. Motif officieux, selon les déclarations anonymes d’un responsable américain cité par l’Associated Press : de présumés liens avec des « suspects liés à des organisations terroristes ».

Arrêtons-nous un instant. Cet homme est arbitre international. Il a officié la finale de la Ligue des champions d’Afrique 2025 au Caire. Il a arbitré la Coupe d’Afrique des nations 2024. Il a été désigné par la FIFA elle-même. Il voyageait avec un visa valide délivré par l’ambassade des États-Unis au Kenya la semaine précédant son départ.

Et pourtant, il a été refoulé.

Sous couvert de « sécurité nationale », les États-Unis ont brisé le rêve d’un homme dont le seul tort est d’être né en Somalie. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. La Somalie figure sur la liste des quelque quarante pays touchés par les restrictions de voyage renforcées sous l’administration Trump. Un fonctionnaire américain interrogé par l’Associated Press le reconnaît implicitement : le refus pourrait être « lié aux restrictions plus larges sur la Somalie, plutôt qu’à une accusation spécifique contre Artan ».

Le lâche désengagement de la FIFA

La FIFA, elle, a choisi la facilité. L’instance a confirmé qu’Artan ne participerait pas au tournoi et s’est retranchée derrière l’argument commode : « La FIFA n’est pas impliquée dans les processus d’immigration du pays hôte. »

C’est techniquement vrai. C’est moralement indéfendable. Quand on sélectionne un arbitre, on le soutient jusqu’au bout. Ou on ne le sélectionne pas.

Rappelons que le président de la FIFA, Gianni Infantino, a tissé des liens étroits avec l’administration Trump pour « garantir le bon déroulement » du Mondial. Ces liens n’auront servi à rien. Sauf à montrer que, face à l’arbitraire américain, le football plie.

Mogadiscio répond par la dignité

Pendant que les États-Unis humiliaient, la Somalie a honoré. À son retour à l’aéroport international Aden Adde de Mogadiscio, Omar Artan a été accueilli par une foule immense. Des milliers de personnes, des responsables gouvernementaux, des dirigeants sportifs, des citoyens ordinaires agitant fièrement le drapeau somalien.

« Je vous promets, si Dieu le veut, que je serai présent à la prochaine édition », a-t-il déclaré sous les acclamations.

Quelle leçon. Pendant que la superpuissance américaine maltraitait l’un des siens, un pays meurtri par des décennies de guerre répondait par la chaleur humaine, la solidarité et la fierté nationale.

Une porte de secours ? Le Canada dit oui

Dans un revirement qui ajoute à l’absurdité de la situation, le Canada a annoncé qu’il serait prêt à accueillir Artan pour officier des matches à Vancouver. Reste à savoir si la FIFA validera cette option. Le ballon est désormais dans le camp de l’instance dirigeante. Après l’avoir abandonné, saura-t-elle réparer son erreur ?

La honte n’est pas où l’on croit

Omar Artan ne portera pas le sifflet lors de ce Mondial 2026. Il ne deviendra pas, cette année, le premier arbitre somalien de l’histoire de la compétition. Mais en quelques jours, il est devenu bien plus qu’un arbitre. Il est devenu un symbole.

Le symbole de la dignité face à l’arbitraire. Le symbole d’un continent que l’on continue de traiter par défaut comme une menace. Le symbole d’un homme qui, refoulé comme un vulgaire colis, est rentré chez lui comme un roi.

Les États-Unis ont cru humilier Omar Artan. Ils ont humilié le football. La Somalie, elle, a rappelé au monde ce que signifie vraiment l’honneur.

À quelques jours du coup d’envoi du Mondial, une certitude demeure : le plus beau match de cette histoire, Omar Artan l’a déjà gagné. Sans arbitre. Et sans eux.

Par Rodrigue Izumo 

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