Niger  : 49 vies fauchées par la soif à quelques jours de la fête à la frontière algéro-malienne

Ils voulaient juste rentrer chez eux. Retrouver leur mère, leur femme, leurs enfants. Offrir un sourire et un repas à ceux qu’ils aiment, le temps d’une fête. Ils n’arriveront jamais.

Quarante-neuf Nigériens ont péri de soif dans l’immensité silencieuse du désert, à 80 kilomètres à peine d’Assamaka. À quelques encablures du but. À quelques jours du bonheur.

« Ils voulaient célébrer avec leurs familles »

C’est cette phrase du gouvernorat d’Agadez qui déchire le cœur. Ces hommes et peut-être des femmes, des jeunes  revenaient du Mali. Ils travaillaient là-bas, loin des leurs, comme tant d’autres. Et pour la fête, ils avaient tout quitté. Tout risqué.

Ils ont pris la route du retour à bord d’un camion, entassés comme on le fait parfois par nécessité, serrés les uns contre les autres, portés par l’impatience des retrouvailles.

Mais le désert, lui, n’a pas de cœur.

 

La panne. Puis l’horreur.

 

Le véhicule, parti de Telhandek au Mali, s’est perdu. Les pistes se ressemblent toutes sous un soleil aveuglant. Puis, le bruit sourd d’une mécanique qui rend l’âme. Une panne. Une panne sèche, définitive, sans espoir de réparation.

 

Rien. Plus rien autour. Du sable, du ciel, et la chaleur qui monte, qui écrase, qui étouffe.

Les jours passent. L’eau s’épuise. Goutte après goutte, vie après vie.

« Au cœur d’un environnement hostile où les températures extrêmes et l’absence de points d’approvisionnement rendent toute survie extrêmement difficile », écrivent sobrement les autorités.

Derrière ces mots administratifs, il y a des hommes qui ont appelé leur mère une dernière fois. Des pères qui ont regardé leurs enfants en pensée. Des frères qui se sont tenus la main avant de fermer les yeux pour toujours.

Deux survivants, 50 kilomètres de cauchemar

Deux seulement ont échappé à la mort. Deux hommes qui ont puisé dans leurs dernières forces pour marcher. 50 kilomètres. 50 kilomètres de sable brûlant, de lèvres gercées, de jambes tremblantes, d’espoir qui vacille à chaque dune.

Jusqu’à une marre. Une flaque d’eau sale, peut-être, mais de l’eau. La vie.

 

Ce sont eux qui ont donné l’alerte à Assamaka. Eux qui ont guidé les secours vers le camion fantôme. Mais il était trop tard pour les 49 autres.

Quand les équipes du gouvernorat, sous protection militaire, sont arrivées sur place, le silence était absolu. Pas un cri. Pas un appel. Juste des corps recroquevillés, calcinés par le soleil, que personne ne pourra jamais ramener à la maison pour un dernier adieu digne.

Ils ont été enterrés là, sur place, dans des fosses communes. Sans prénom sur une tombe. Sans pleurs de leurs proches. Seuls, dans le sable qui les a tués.

Dans les familles, l’attente a d’abord été longue. Trop longue. Puis la nouvelle est tombée, comme un couperet. Des femmes se sont effondrées. Des enfants ont demandé : « Papa, il revient quand ? » Personne n’a su répondre.

Au Niger tout entier, c’est un deuil national informel qui s’organise. Sur les réseaux sociaux, les internautes partagent les noms des victimes, les photos floues, les témoignages bouleversants. Beaucoup écrivent : « Ça aurait pu être mon père. Mon frère. Moi. »

Un second camion sauvé in extremis : le destin a choisi son camp

Comme un sursis absurde, la même mission de secours est tombée, sur le chemin du retour, sur un second camion. 60 personnes, bloquées depuis trois jours, une autre panne. Ils étaient à bout, assoiffés, hagards. Mais encore en vie.

Les secouristes leur ont donné de l’eau. Ils ont réparé le véhicule. Ils les ont sauvés.

60 vies. 49 autres. Le désert ne fait pas de différence. Le hasard, si.

 

Derrière le chiffre 49, il y a des prénoms. Des rires. Des projets. Des enfants qui attendent. Des mères qui ne comprendront jamais pourquoi leur fils est parti un jour et n’est jamais revenu.

Ce drame n’est pas une fatalité. C’est l’échec de tous ceux qui regardent ailleurs pendant que des hommes traversent l’enfer pour une simple promesse : celle de serrer leurs proches dans leurs bras.

Reposez en paix. Que vos noms ne soient pas oubliés. Que votre mort nous oblige à faire mieux. Pour que plus jamais un père, un frère, un fils ne meure de soif à quelques kilomètres de l’amour des siens.

Toutes nos pensées vont aux familles des 49 disparus, ainsi qu’aux deux survivants qui vivront désormais avec le poids d’avoir vu l’indicible.

Par Issa Abdou 

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