Nigeria : Un politicien de Yobe arrêté pour soutien logistique au terrorisme et tentative de corruption de militaires
Alhaji Wakiil Goni Mama, connu sous le surnom de « Mai Salati », a été interpellé par les troupes de l’opération Hadin Kai. Ce politicien de l’État de Yobe est accusé d’avoir fourni un soutien logistique à l’ISWAP et d’avoir tenté de soudoyer des militaires pour faire libérer des suspects arrêtés en possession de matériel destiné aux terroristes à Kanamma.
L’arrestation a été confirmée par plusieurs sources sécuritaires et relayée par le média spécialisé Zagazola Makama, référence dans le suivi des opérations de contre-insurrection dans la région du lac Tchad .
Selon les informations obtenues, l’interpellation de Mai Salati fait suite à une opération de renseignement menée conjointement par le commandant du Secteur 2 et la 27e Brigade de la Force opérationnelle . Les autorités militaires surveillaient depuis un certain temps ce politicien, soupçonné d’opérer comme un « fournisseur logistique de haut niveau » et collaborateur des éléments terroristes de l’ISWAP actifs dans le nord-est du Nigeria .
Une tentative de corruption qui scelle son sort
Le dénouement de cette affaire s’est joué à Kanamma, dans l’État de Yobe. Des troupes venaient d’arrêter plusieurs suspects en possession de matériel logistique suspecté d’être destiné aux insurgés. Alors que ces suspects étaient en cours de traitement pour être transférés aux fins d’enquête, Mai Salati serait intervenu .
Selon les sources sécuritaires, il aurait tenté d’offrir de l’argent aux militaires pour obtenir la libération des suspects. Mais loin de se laisser corrompre, les soldats ont rejeté l’offre et ont procédé à son arrestation
Le politicien et les autres suspects ont ensuite été transférés de Damaturu, capitale de l’État de Yobe, vers Maiduguri, dans l’État de Borno . C’est dans cette ville que les autorités sécuritaires devraient mener des interrogatoires approfondis pour établir l’ampleur de leurs liens présumés avec les réseaux terroristes .
Les sources militaires citées par Zagazola Makama ont catégoriquement rejeté les spéculations circulant sur les réseaux sociaux, selon lesquelles cette arrestation serait motivée par des considérations politiques, notamment en lien avec une prétendue défection de Mai Salati du parti au pouvoir, l’All Progressives Congress (APC), vers l’African Democratic Congress (ADC) .
« L’opération militaire n’a rien à voir avec la politique », ont insisté les sources sécuritaires, précisant que l’enquête porte exclusivement sur des allégations de logistique terroriste et de tentative d’entrave à la détention de personnes suspectées d’approvisionner l’ISWAP .
Les autorités militaires ont tenu à souligner la gravité particulière de la tentative de corruption présumée. « Les opérations de contre-terrorisme dépendent fortement de la capacité des forces de sécurité à perturber les chaînes d’approvisionnement financières, de transport, de communication, de nourriture, de carburant, d’armes qui maintiennent les organisations terroristes opérationnelles », ont-elles déclaré .
« Ceux qui fournissent prétendument un tel soutien ne sont donc pas en marge du terrorisme », ont-elles ajouté, soulignant l’importance cruciale de démanteler ces réseaux de soutien pour affaiblir durablement les groupes armés .
Pour l’heure, Mai Salati et les autres suspects restent sous investigation. Les allégations portées contre eux n’ont pas été établies devant un tribunal, et ils sont présumés innocents jusqu’à preuve du contraire . L’issue de l’enquête déterminera si des poursuites judiciaires formelles seront engagées.
Cette affaire illustre la détermination des forces de sécurité nigériennes à s’attaquer non seulement aux combattants de l’ISWAP et de Boko Haram, mais aussi à leurs réseaux de soutien, souvent composés d’individus insoupçonnables, parfois issus de la sphère politique et économique locale.
Par Cherif Keita

