Pérou : une journaliste candidate assassinée par balle en pleine campagne électorale

 

Susy Aponte Polo, connue sous le nom de « China Polo », a été tuée le samedi 19 septembre 2026 à Caraz, dans la région d’Áncash, alors qu’elle participait à une activité de campagne. Quelques jours auparavant, elle avait publiquement dénoncé des menaces de mort et mis en cause un haut responsable policier. Trois personnes ont été arrêtées.

La journaliste et candidate au gouvernement régional d’Áncash, Susy Isabel Aponte Polo, 43 ans, a été assassinée par balles le samedi 19 septembre 2026 en pleine campagne électorale. Le drame s’est produit vers 12h40 dans le marché de la ville de Caraz, dans la province de Huaylas, alors qu’elle distribuait des tracts et échangeait avec des commerçants aux côtés de sympathisants du mouvement Socios por Áncash .

Selon les témoignages recueillis sur place, un individu se serait approché de la victime avant de lui tirer plusieurs balles, dont une à la tête. Susy Aponte Polo est décédée sur le coup. L’attaque a également fait cinq blessés, dont deux ont été transportés à l’hôpital San Juan de Dios de Caraz .

L’assassinat survient dix jours après une dénonciation publique de la victime. Dans une vidéo diffusée sur ses réseaux sociaux le 10 septembre, Susy Aponte Polo avait affirmé avoir reçu des appels menaçants provenant de trois établissements pénitentiaires distincts. Elle avait directement mis en cause le général de police Víctor Revoredo Farfán, alors directeur de la police judiciaire, affirmant que celui-ci avait « ordonné un attentat » contre sa personne .

« De trois prisons, j’ai reçu des appels m’avertissant que ce monsieur Víctor Revoredo Farfán a ordonné un attentat contre ma personne. J’ai déjà déposé la plainte auprès des entités compétentes », déclarait-elle dans cette vidéo . La journaliste, qui dirigeait le site d’information China Polo Dominical, était connue pour ses enquêtes sur la corruption, la criminalité organisée et les liens présumés entre des responsables policiers et des groupes criminels dans la région d’Áncash .

Contacté par la presse, le général Revoredo n’a pas fait de déclaration sur ces accusations. Selon une résolution publiée le dimanche 20 septembre, il a été réaffecté à un autre poste au sein de la Police nationale, tout comme une vingtaine d’autres officiers généraux .

Trois suspects arrêtés, piste du crime commandité privilégiée

Les autorités ont annoncé l’arrestation de trois personnes dans les heures suivant le meurtre. Le parquet enquête sous la qualification de « crime commandité » (sicariato) .

Le premier suspect, un ressortissant vénézuélien identifié comme Luis Obispo, 29 ans, a été interpellé peu après l’attaque. Il est présenté comme l’auteur présumé des tirs. Selon les enquêteurs, il se serait fait passer pour un sympathisant du parti de la candidate afin de s’approcher d’elle .

Deux autres personnes ont ensuite été arrêtées : Ronald Toro, interpellé à Lima puis transféré à Áncash, ainsi qu’un troisième individu présenté comme le possible financeur de l’opération . Le parquet a obtenu une détention préliminaire de quinze jours à l’encontre de Luis Obispo et Ronald Toro .

Le procureur général de la Nation, Tomás Gálvez, a déclaré que « des éléments suffisants » permettaient de penser que ces trois personnes avaient participé à l’assassinat, tout en précisant que plusieurs hypothèses restaient à l’étude pour identifier les commanditaires .

L’assassinat a provoqué une vive émotion au Pérou, à moins de deux semaines des élections régionales et municipales prévues le 4 octobre 2026 . Le Jurado Nacional de Elecciones (JNE) a condamné « énergiquement » le crime et appelé les autorités à enquêter « avec la plus grande diligence » . Le ministère de l’Intérieur a de son côté exprimé ses condoléances et affirmé que « ce crime ne restera pas impuni » .

Le Conseil de la presse péruvienne a rappelé que « d’autres cas d’assassinats de journalistes n’ont pas été élucidés » et exigé une enquête approfondie. Selon les données policières, quatre journalistes avaient déjà été tués au Pérou en 2025 .

L’équipe de campagne de Susy Aponte Polo a publié un communiqué dans lequel elle demande que l’enquête ne s’arrête pas à l’arrestation du tireur présumé. « Un présumé tueur à gages arrêté ne clôt pas ce dossier », ont-ils écrit, réclamant que soient identifiés « celui qui a donné l’ordre, celui qui a financé le crime et celui qui a cherché à empêcher la candidate de poursuivre ses enquêtes » .

Ce dimanche, le rapport que la journaliste s’apprêtait à publier n’a pas été diffusé. Selon son équipe, il devait contenir de nouvelles accusations visant un candidat à la mairie de Huaraz ainsi que des révélations impliquant à nouveau la Police nationale .

Par Cherif Keita 

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