RDC : De l’exil égyptien à la course à l’OIF : Juliana Lumumba, l’héritière qui défie le Rwanda
À 71 ans, Juliana Amato Lumumba s’apprête à disputer à Siem Reap, au Cambodge, le combat diplomatique le plus décisif de sa carrière. Candidate au poste de Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), elle incarne bien plus qu’un nom : elle porte l’histoire tourmentée du Congo, l’héritage d’un père assassiné et une vision panafricaine forgée dans l’exil et le pouvoir.
Une enfance volée par l’histoire
Née à Kinshasa en août 1955, Juliana Lumumba est la fille de Patrice Émery Lumumba, premier Premier ministre de la RDC indépendante. Elle n’a que cinq ans lorsque son père est arrêté puis exécuté, en janvier 1961, au Katanga. Ce drame plonge sa famille dans une fuite précipitée.
Grâce à l’intervention de Gamal Abdel Nasser, président égyptien, la famille est exfiltrée sous de faux passeports. Juliana devient « Fatmah », ses frères « Tarek » et « Omar ». Officiellement enfants de l’ambassadeur d’Égypte, ils trouvent refuge au Caire, où Nasser veille personnellement sur leur éducation. Juliana grandit dans l’intimité du leader panafricain, qu’elle appelle « oncle », bercée entre culture catholique et foyer musulman, une dualité qui, selon elle, lui a appris le respect de l’autre.
De Paris à Kinshasa, un parcours d’exception
Après l’Égypte, elle rejoint Paris et intègre l’EHESS, où elle décroche un DEA en sciences politiques et sociologie de la défense. Forte de cette formation, elle entame une carrière de journaliste pendant dix ans, collaborant avec Al Manar, Al Ahram International et Dialogue International, couvrant les questions africaines et les droits humains en français et en arabe.
Au milieu des années 1990, elle rentre au Congo. Sous Laurent-Désiré Kabila, elle devient vice-ministre de la Culture et de l’Information, puis ministre de la Culture et de l’Art de 1998 à 2001. Elle laisse une empreinte durable : traduction de l’avant-projet de Constitution et de l’hymne national dans les quatre langues nationales, et rayonnement culturel à l’Exposition universelle de Lisbonne en 1999 avec une performance de Papa Wemba.
Diplomate économique et voix africaine
Quittant le gouvernement après l’assassinat de Kabila, elle se tourne vers le conseil aux entreprises et le commerce international. De 2007 à 2015, elle est Secrétaire générale de l’Union Africaine des Chambres de Commerce (UACCIAP) au Caire, œuvrant pour l’harmonisation des cadres juridiques et le commerce intra-africain. En 2015, elle intervient à la COP21 sur le rôle des femmes dans le développement économique.
Une candidature soutenue au plus haut niveau
Le 27 février 2026, le gouvernement congolais officialise sa candidature à la tête de l’OIF. Portée par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, elle est présentée en mai à Paris. À Nairobi, le président Félix Tshisekedi la recommande personnellement à Emmanuel Macron, à qui elle expose sa vision d’une Francophonie « des peuples, pas des élites », fondée sur la paix, la solidarité et le rapprochement des cultures.
Forte de soutiens déclarés – chefs d’État équato-guinéen, tchadien et congolais – elle mène une campagne internationale active, visitant une quinzaine de pays, du Maghreb au Canada, en passant par l’Europe.
Un duel au sommet à Siem Reap
En novembre 2026, lors du XXe Sommet de la Francophonie, Juliana Lumumba affrontera Louise Mushikiwabo, la secrétaire générale sortante, soutenue par le Rwanda pour un troisième mandat. Pour celle qui a survécu à l’exil, traversé sept décennies de séismes politiques et incarné plusieurs vies – « Fatmah », la ministre, la diplomate –, ce nouveau chapitre s’écrit comme la plus internationale des batailles.
Par Jérôme Wailifu

