Sénégal : l’offensive parlementaire du Pastef relance le bras de fer entre Sonko et Diomaye
La nouvelle session parlementaire s’ouvre sous le signe d’une confrontation directe entre les deux têtes de l’exécutif législatif et présidentiel. Le groupe parlementaire du Pastef, conduit par le président de l’Assemblée nationale Ousmane Sonko, a remis sur la table deux réformes sensibles visant à accroître la transparence et le contrôle des institutions, ravivant ainsi le bras de fer avec le président Bassirou Diomaye Faye.
Une offensive législative pour la transparence
Les députés du Pastef, bénéficiant d’une majorité absolue de 130 sièges sur 165 , ont relancé une proposition de révision constitutionnelle qui obligerait le président de la République à déclarer son patrimoine non seulement à son entrée en fonction, comme c’est déjà le cas, mais également à la fin de son mandat . Cette disposition, qui figurait déjà dans un texte adopté en juin, avait été censurée par le Conseil constitutionnel après une saisine du président Bassirou Diomaye Faye, un revers cinglant pour le camp de Sonko .
Parallèlement, le Pastef souhaite encadrer les « crédits spéciaux », communément appelés fonds secrets, attribués à la présidence et à la primature. Le nouveau texte propose que leur utilisation soit désormais soumise au contrôle d’une commission restreinte de députés . Cette initiative s’inscrit dans une promesse de campagne de longue date du parti .
Pour de nombreux observateurs, ces initiatives dépassent la simple question de la transparence. Elles traduisent la volonté d’Ousmane Sonko et de ses proches de maintenir une pression politique constante sur le chef de l’État, alors que les deux hommes sont désormais ouvertement en rupture . Leur divorce, consommé après le limogeage de Sonko de la primature en mai et la création par le président de son propre parti, Kiiraay, le 25 juillet dernier, a officialisé la bataille pour le leadership politique du Sénégal .
Diomaye Faye privilégie l’agenda gouvernemental
Face à cette offensive parlementaire, Bassirou Diomaye Faye adopte une stratégie différente. Moins présent dans les polémiques, il continue de faire avancer son agenda gouvernemental. Trois projets de loi portés par l’exécutif figurent à l’ordre du jour de cette session : le nouveau Code de la sécurité sociale, la réforme du Code du travail et une loi sur la cybersécurité, devenue prioritaire après plusieurs cyberattaques contre les institutions sénégalaises.
Deux stratégies et deux styles s’opposent désormais, confirmant que la bataille pour le leadership du Sénégal ne fait que commencer.
Par Jérôme Wailifu

