RDC: Lomami : une religieuse saigne chaque Vendredi saint, le phénomène divise entre miracle et mystère

 

À Tshilomba, dans la province de Lomami, la sœur Joséphine Sulu, membre de la congrégation Notre-Dame de Grâce, présente chaque année des saignements aux mains, aux pieds et à la tête le jour du Vendredi saint. Un phénomène que certains attribuent aux stigmates du Christ, tandis que d’autres appellent à une enquête canonique.

« Elle revit la Passion » : des témoins impressionnés

Selon plusieurs membres de la communauté religieuse et des fidèles proches de la congrégation, la sœur Joséphine Sulu, dont l’identité a été confirmée par plusieurs sources locales, se retire chaque année dans sa chambre le Vendredi saint. C’est là que, selon leurs récits, des saignements apparaissent spontanément sur son corps.

« J’ai vu moi-même le sang couler de ses mains et de ses pieds. Elle semblait en prière, en larmes. On aurait dit qu’elle revivait la Passion du Christ », confie un fidèle de la région, qui précise avoir assisté à la scène lors d’un Vendredi saint précédent.

Les saignements se situeraient exactement à l’emplacement traditionnel des cinq blessures de la crucifixion : les deux mains, les deux pieds et le front (couronne d’épines). Aucune blessure préexistante ni aucun instrument tranchant n’auraient été observés dans la chambre, selon les témoins.

Un phénomène qui interroge : stigmates ou supercherie ?

Dans la tradition catholique, les stigmates – l’apparition miraculeuse des plaies du Christ sur le corps d’une personne – sont extrêmement rares. Le cas le plus célèbre reste celui de saint François d’Assise. Au XXe siècle, Padre Pio a également présenté des blessures visibles et persistantes pendant cinquante ans, officiellement reconnues comme authentiques par le Vatican après enquête.

Mais à Tshilomba, le doute persiste. Plusieurs voix s’élèvent pour demander que le phénomène soit examiné par les autorités religieuses compétentes.

« Nous ne pouvons pas simplement accepter sans vérifier. Il faut des médecins, des experts de l’Église. Beaucoup de gens viennent déjà de loin pour voir la sœur. C’est un grand danger si c’est un faux signe », s’inquiète un notable local sous couvert d’anonymat.

À ce jour, aucun médecin ni aucune commission épiscopale n’a officiellement étudié le cas. La congrégation Notre-Dame de Grâce, dont dépend la sœur, n’a pas publié de communiqué. Le diocèse local, contacté par des fidèles, serait resté discret jusqu’à présent.

Le silence du Saint-Siège et l’appel à enquête

L’absence de réaction officielle interroge d’autant plus que, dans l’histoire récente de l’Église, plusieurs cas de stigmates présumés ont été classés comme supercheries ou troubles psychosomatiques après examen. L’Église catholique exige généralement trois critères avant de se prononcer : l’absence d’explication médicale, l’absence de recherche de notoriété et la production de fruits spirituels (conversions, prière, humilité).

« Ce qui inquiète, c’est le silence. Ni Rome, ni l’archevêché local, ni la congrégation ne disent rien. Cela laisse place aux rumeurs et aux pèlerinages sauvages », explique un observateur des affaires religieuses à Lubumbashi, capitale provinciale voisine.

Des habitants de Tshilomba affirment en effet que des curieux viennent déjà de villages éloignés pour « voir la religieuse qui saigne ». Certains y voient une forme de tourisme religieux naissant, tandis que d’autres redoutent des dérives sectaires.

Miracle ou mystère : l’attente d’une vérité

Pour l’instant, rien ne permet de trancher. La sœur Joséphine Sulu ne se serait pas exprimée publiquement. Selon ses proches, elle vit recluse et ne cherche pas la célébrité. « Elle dit que si c’est un don de Dieu, ce n’est pas pour être montré. Mais les gens viennent quand même », rapporte un membre de sa communauté.

Le phénomène a néanmoins une conséquence immédiate : chaque Vendredi saint, des dizaines de fidèles affluent désormais à Tshilomba, espérant un signe ou une guérison. Les autorités religieuses locales sont pressées d’agir, ne serait-ce que pour encadrer ces rassemblements.

En attendant, la petite localité de Lomami, habituellement absente des grands titres, se retrouve plongée au cœur d’une énigme aussi insolite que fascinante.

Par Jérôme Wailifu 

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