Royaume- Uni : Démission de Keir Starmer : le premier ministre britannique cède face à la pression de son camp

 

En poste depuis moins de deux ans, le chef du gouvernement travailliste a annoncé son départ, lundi 22 juin, après l’élection au Parlement de son principal rival interne, Andy Burnham. Sa popularité en berne et les mauvais résultats électoraux de son parti ont eu raison de sa résistance.

C’est un revers cinglant pour le parti travailliste britannique. Keir Starmer, 63 ans, a officiellement annoncé sa démission de la tête du gouvernement, lundi 22 juin, dans une allocution solennelle depuis le 10 Downing Street. Il reste toutefois en fonction jusqu’à la désignation de son successeur à la direction du Labour.

« Toutes les décisions que j’ai prises avaient pour unique objectif de servir mon pays. C’est la raison pour laquelle je quitte mes fonctions de chef du parti travailliste », a déclaré, visiblement ému, celui qui avait pourtant juré, quelques jours plus tôt, de se battre pour conserver son poste.

Cette issue était devenue inévitable après la victoire électorale, jeudi, d’Andy Burnham, le populaire maire du Grand Manchester, qui a décroché un siège de député. Une position qui lui ouvre désormais la voie pour briguer la direction du Labour et, à terme, Downing Street. « J’ai informé Sa Majesté le roi de ma décision ce matin. Le comité exécutif national fixera un calendrier, avec une ouverture des candidatures le 9 juillet et une clôture avant la rentrée parlementaire de septembre », a précisé Keir Starmer, assurant vouloir « une transition dans les règles ».

Dans la foulée, Nigel Farage, le chef du parti anti-immigration Reform UK, qui caracole en tête des sondages, a réclamé des élections législatives anticipées. Une hypothèse que la majorité absolue dont dispose le Labour rend peu probable avant 2029.

 

Un septième locataire de Downing Street en dix ans

Cette démission illustre la fragilité politique chronique du Royaume-Uni, qui s’apprête à connaître son septième premier ministre en une décennie. Pourtant, l’ascension de Keir Starmer, en juillet 2024, après quatorze ans de gouvernements conservateurs, avait suscité de grands espoirs.

L’ancien avocat des droits de l’homme a tenté, lundi, de défendre son bilan, évoquant la reprise économique, le soutien à l’Ukraine ou encore le renforcement du système de santé. Mais il a rapidement concédé avoir « entendu le message » de son groupe parlementaire : « La question était de savoir si j’étais le mieux placé pour mener le parti aux prochaines élections. J’accepte la réponse qui m’a été donnée. »

La pression venue de son propre camp s’est intensifiée tout au long du week-end. Selon l’agence Press Association, plus d’une centaine de députés travaillistes – soit un quart du groupe – réclamaient son départ. Un mouvement qui a précipité l’annonce de ce lundi, déjà anticipée par Donald Trump sur son réseau Truth Social.

L’économie et l’effondrement des soutiens

Arrivé avec l’image d’un homme intègre, Keir Starmer a rapidement été rattrapé par les difficultés. La hausse du coût de la vie et la morosité économique persistent, érodant sa cote de popularité. À ces déconvenues s’ajoutent des choix stratégiques contestés, à l’image de la nomination de Peter Mandelson comme ambassadeur à Washington. Ce dernier a été démis de ses fonctions neuf mois plus tard, après la révélation de ses liens avec Jeffrey Epstein, le criminel sexuel.

Le tournant a été pris début mai, lorsque le Labour a subi une défaite cuisante aux élections locales, largement devancé par Reform UK, la formation populiste de Nigel Farage. Ces résultats ont exacerbé les tensions au sein du parti et accentué les appels à un renouvellement.

C’est dans ce contexte qu’Andy Burnham, 56 ans, s’est imposé comme une alternative crédible. Surnommé « le roi du Nord », il a remporté la circonscription de Makerfield avec 54,8 % des suffrages, contre 34,5 % pour le candidat de Reform UK. Déjà candidat malheureux à la direction du Labour en 2010 et 2015, il est aujourd’hui la personnalité politique préférée des Britanniques, selon un sondage YouGov. Son credo : « changer le Labour et le pays ».

À l’international, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a salué le départ d’un « homme d’État » qui a, selon elle, contribué à « renforcer la sécurité de l’Europe et de l’Ukraine ».

Par Cherif Keita 

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