Tchad: » 18 juin 2024- 18 juin 2025″ explosion de Goudj, un an après : le bruit des bombes a cessé, pas celui de l’oubli
Il y a un an, la capitale tchadienne s’embrasait dans une nuit de chaos. Le 18 juin 2024, une série d’explosions dévastait le dépôt de munitions militaire de Goudji, secouant N’Djamena de ses fondations. Une nuit noire, marquée par la peur, la mort, et l’impuissance.
Aujourd’hui, que reste-t-il ? Des murs fissurés. Des veuves oubliées. Des enfants traumatisés. Et surtout, un silence insupportable. Celui d’un État qui avait promis une enquête, mais n’a livré que l’oubli.
Une nuit d’apocalypse
À 22 heures, les premières détonations. En quelques minutes, les quartiers voisins d’Amsinéné, Diguel, Farcha s’éveillent dans la panique. Les habitants fuient pieds nus, certains pensant à une attaque terroriste. Le ciel s’illumine, les vitres volent en éclats, les cris couvrent les explosions.
Les chiffres officiels font état d’au moins 9 morts et 46 blessés. Mais dans les ruelles de Goudji, chacun connaît un nom, un visage, une maison pulvérisée. L’ampleur réelle de la catastrophe dépasse le bilan administratif.
Des promesses en fumée
Dès le lendemain, le gouvernement se voulait rassurant. Une enquête indépendante fut promise. Les victimes, assurait-on, seraient indemnisées. Les responsabilités seraient établies.
Un an plus tard, rien. Aucun rapport. Aucune explication. Aucune reconnaissance publique des fautes, s’il y en a eu. L’oubli s’est installé, avec une forme de résignation. Ce silence n’est pas une absence d’informations, c’est un choix. Un choix politique de faire comme si tout cela n’était qu’un accident banal dans un pays trop habitué à la tragédie.
Le droit à la vérité
Ce qui s’est passé à Goudji ne relève pas seulement de la fatalité. Il pose une question grave : comment un tel arsenal a-t-il pu exploser au cœur d’une ville ? Quelles négligences, quelles failles ont été couvertes du sceau du silence ? Qui protège les civils lorsque l’armée elle-même devient un danger ?
Les victimes, les survivants, les familles ont droit à la vérité. Non par vengeance. Mais parce que la mémoire se construit sur la justice. Et parce qu’un État qui enterre ses fautes prépare les drames à venir.
Une ville en sursis
Aujourd’hui, d’autres dépôts militaires se trouvent toujours dans des zones urbaines. D’autres poudrières dorment sous les toits des quartiers populaires. Rien n’a changé. Aucun plan de relocalisation, aucune réforme structurelle, aucune campagne d’information. Comme si le 18 juin 2024 n’avait été qu’un orage d’été.
Mais pour ceux qui l’ont vécu, la peur est devenue un réflexe. À chaque bruit sourd, les souvenirs resurgissent. Le traumatisme est silencieux, mais profond. Il ronge la confiance, il nourrit la colère.
Écrire l’histoire, ou la subir
Le Tchad traverse des défis immenses. Mais on ne construit pas une nation sur l’oubli et l’indifférence. Il est temps d’exiger ce qui n’aurait jamais dû manquer : la transparence, la justice
Par Kenzo Brown

