Tchad : Disparition de Noubadoum Sotina : douze ans d’impasse, une famille et une profession toujours en attente de vérité
En cette Journée mondiale de la liberté de la presse, une ombre plane sur les célébrations. Celle d’un homme disparu, d’une vérité jamais établie, d’une impunité qui dure. Noubadoum Sotina, journaliste à l’ex-Radio nationale tchadienne (RNT), s’est volatilisé le 4 mars 2014 à Douala, au Cameroun. Douze ans plus tard, son cas reste aussi mystérieux qu’aux premiers jours.
Alors que le monde honore ce 3 mai le rôle essentiel des journalistes, les regards se tournent une fois de plus vers les autorités tchadiennes et camerounaises. L’association professionnelle des journalistes du Tchad et les proches du disparu lancent un appel solennel : que la lumière soit enfin faite.
Une disparition dans des circonstances troubles
Le 4 mars 2014, Noubadoum Sotina, alors en poste à la RNT, quitte Douala. Selon les informations disponibles, il se rendait à une rencontre professionnelle au Congo. C’est à ce moment-là que sa trace se perd. Plus de signe de vie. Aucun message. Aucun appel. Rien.
Pendant douze longues années, sa femme, ses enfants, ses collègues et ses amis se sont heurtés à un mur de silence. Les enquêtes, si enquêtes il y eut, n’ont jamais abouti. Les autorités camerounaises, compétentes sur le territoire où il a disparu, n’ont jamais communiqué officiellement sur ce dossier.
Les autorités tchadiennes, censées protéger leurs fonctionnaires à l’étranger, n’ont jamais non plus fourni d’explication convaincante.
Un fonctionnaire d’État, pas un simple citoyen
Noubadoum Sotina n’était pas un touriste ou un voyageur anonyme. Il était journaliste à la Radio nationale tchadienne, donc agent public en mission à l’étranger. Ce statut, en théorie, aurait dû déclencher des mécanismes de protection diplomatique et une enquête approfondie de la part de l’État tchadien.
Or, douze ans après, rien. Les proches dénoncent une forme de « délaissement administratif ». Comme si la disparition d’un fonctionnaire n’était pas une affaire d’État.
La Journée du 3 mai comme rappel douloureux
Chaque 3 mai, la communauté des journalistes tchadiens est partagée. D’un côté, il y a la volonté légitime de célébrer les progrès, de défendre la liberté d’informer. De l’autre, il y a ce fantôme du passé, ce rappel brutal que certains collègues ont payé le prix fort sans jamais obtenir justice.
Pour la famille Sotina, cette journée est un crève-cœur supplémentaire. Un anniversaire de plus sans réponses. Une douleur qui s’installe et qui s’épaissit.
Les interpellations des syndicats de presse
À l’occasion de cette journée mondiale, plusieurs organisations de défense de la liberté de la presse au Tchad et en Afrique centrale ont relayé l’appel des proches :
· Rouvrir l’enquête au Cameroun et au Tchad.
· Établir une commission mixte d’enquête pour croiser les informations.
· Entendre les témoins qui auraient pu voir ou savoir quelque chose à Douala en mars 2014.
· Garantir la transparence des investigations, pour que la famille puisse enfin savoir ce qui est arrivé.
Une source proche du dossier, s’exprimant sous couvert d’anonymat, confie : « Nous n’avons jamais eu l’impression que les autorités se sont vraiment saisies de cette affaire. C’est comme si Noubadoum avait été effacé des mémoires officielles. Mais sa famille, elle, n’a pas oublié. »
Un précédent inquiétant pour la profession
La disparition non élucidée d’un journaliste est toujours un signal d’alarme pour l’ensemble d’une profession. Cela signifie qu’un homme ou une femme peut exercer son métier, partir en déplacement, et ne jamais revenir, sans que personne ne rende de comptes.
Pour les jeunes journalistes tchadiens, le cas Sotina est un avertissement glaçant. Il rappelle les risques du métier, certes, mais surtout l’impuissance des institutions à protéger ceux qui partent en mission.
Que s’est-il passé à Douala ?
Douala est une ville bouillonnante, un carrefour économique et humain. Disparaître dans une métropole de plusieurs millions d’habitants peut sembler plus facile qu’ailleurs. Mais douze ans après, avec les moyens techniques d’aujourd’hui, il est difficile de croire qu’aucune piste sérieuse n’existe.
Plusieurs hypothèses circulent, sans jamais avoir été confirmées :
· Un accident dont le corps n’aurait jamais été retrouvé.
· Une agression crapuleuse qui aurait mal tourné.
· Un règlement de comptes en lien avec des activités professionnelles, voire politiques.
Aucune de ces pistes n’a été officiellement explorée. Aucune n’a été officiellement écartée.
En ce 3 mai 2026, la famille de Noubadoum Sotina brise une fois de plus le silence. Elle demande solennellement :
« Que les autorités tchadiennes et camerounaises se saisissent enfin de ce dossier. Nous voulons savoir ce qui est arrivé à notre père, à notre mari, à notre frère. Douze ans d’attente, c’est trop. La vérité, même douloureuse, vaut mieux que ce vide insupportable. »
Un devoir de mémoire et de justice
La liberté de la presse ne se limite pas à la protection des journalistes en activité. Elle englobe également la mémoire de ceux qui ont disparu. Parce qu’un collègue porté disparu sans explication, c’est une menace qui pèse sur tous les autres.
Le silence officiel a assez duré. Douze ans, c’est trop long. Il est temps que Noubadoum Sotina, journaliste à l’ex-Radio nationale tchadienne, ait droit, sinon à la vérité, du moins à une enquête digne de ce nom.
Par Kenzo Brown

