Tchad : Kamissa DONGUE HELBONGO, la « guerrière » qui a terrassé le lymphome de Hodgkin : « Dieu n’a pas dit son dernier mot »

 

En ce mois d’Octobre Rose, où le monde entier se mobilise contre le cancer, nous avons rencontré une femme dont le sourire porte le poids d’un combat hors du commun. Kamissa DONGUE HELBONGO, Directrice des Projets et Programmes à la Maison Nationale de la Femme, mère d’une petite princesse de bientôt 7 ans, a regardé la mort en face. Atteinte d’un lymphome de Hodgkin, elle a traversé l’enfer des chimiothérapies, connu la peur, les larmes, la perte de ses cheveux… avant de renaître. Aujourd’hui guérie, elle se dresse comme un phare d’espérance pour toutes celles et ceux qui luttent encore. Son témoignage, livré sans filtre, est un cri d’amour à la vie.

L’Œil du Sahara : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous raconter comment vous avez découvert que vous souffriez du lymphome de Hodgkin ?

Kamissa DONGUE HELBONGO : Bonjour. Je m’appelle DONGUE HELBONGO Kamissa, je suis Directrice des Projets et Programmes à la Maison Nationale de la Femme, mère d’une fille âgée de 7 ans très bientôt.

Un après-midi d’un mois d’octobre, j’ai commencé par avoir des douleurs thoraciques bizarres, donc j’avais partagé avec mon conjoint. Ce dernier me posa la question pour savoir si je n’avais pas transporté quelque chose de lourd. Je lui répondis que non. Pourtant, j’ai fait un massage sur ma poitrine avec le baume Vitago, puis les douleurs ont commencé par se calmer. J’ai dormi, puis le lendemain au bureau vers 14h, les mêmes douleurs ont repris, et j’ai partagé avec mon collègue, qui m’a dit : « Kamissa, il n’y a pas de petite maladie, donc si ça continue, fais-toi consulter. »

Alors c’est ainsi que je me suis retrouvée à la Clinique Sao. Après consultation, j’avais eu une série d’examens à faire, d’où un scanner à faire, et entre-temps cela ne se faisait qu’à l’hôpital Mère et Enfant.

L’Œil du Sahara : Comment avez-vous vécu l’annonce du diagnostic et quelles ont été vos premières réactions face à cette maladie ?

Kamissa DONGUE HELBONGO : Après le résultat de ce scanner, je suis allée à la clinique de Dr Ngakoutou Rangar qui, dès qu’il a pris et regardé le cliché, m’a dit ceci : « Madame, vous avez un cancer et c’est mieux d’aller ailleurs pour une meilleure prise en charge. » Et c’est ainsi que je suis partie d’abord au Cameroun, puis après au Sénégal.

Je vous assure que sur le champ, ma réaction était juste celle d’une personne égarée, mais j’avais décidé d’accepter la maladie, car je me suis dit que, cela soit avec ou sans le cancer, on est appelé à mourir un jour.

L’Œil du Sahara : Vous avez suivi des chimiothérapies au Sénégal et au Tchad, puis des contrôles médicaux au Maroc. Comment avez-vous traversé ces différentes étapes de traitement ?

Kamissa DONGUE HELBONGO : J’avais fait plusieurs examens, puis après la biopsie qui devrait nous permettre de savoir le type de cancer que j’avais. Donc après la biopsie faite sur place au Sénégal et un autre bocal envoyé en France, le résultat était celui de la maladie de Hodgkin, qui apparaît sous les côtes non loin du cœur. Et le traitement approprié était la chimiothérapie. Donc j’avais 18 séances, à raison de chaque 2 semaines. Je vous assure que la chimio fait plus mal que la maladie elle-même.

Après la 1ère cure faite et qu’il fallait que je me détresse les cheveux, une fois l’avoir fait, je vous assure, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps, car j’ai constaté la perte de mes cheveux et je me suis rendu compte que je suis réellement malade. Après avoir pleuré, j’ai prié et j’ai accepté la maladie.

L’Œil du Sahara : Vous vous définissez aujourd’hui comme une « guerrière ». Qu’est-ce qui vous a donné la force de vous battre, notamment dans les moments les plus difficiles ?

Kamissa DONGUE HELBONGO : Ce qui m’a donné la force de me battre contre cette maladie, c’est la foi en Dieu et le soutien familial.

L’Œil du Sahara : Vous êtes également mère d’une petite fille de 6 ans. Quel rôle votre fille a-t-elle joué dans votre combat contre la maladie ?

Kamissa DONGUE HELBONGO : J’ai eu cette grâce d’avoir cette fille après ma guérison.

L’Œil du Sahara : Après votre guérison, comment votre regard sur la vie a-t-il changé ? Quel message souhaitez-vous adresser aux personnes qui luttent actuellement contre le cancer ?

Kamissa DONGUE HELBONGO : Après cette guérison, j’ai compris qu’on peut tout perdre quand on est malade, parce que les gens pensent que quand l’on est malade, on meurt forcément, hors Dieu n’a pas dit son dernier mot.

Et pour les maladies du cancer, c’est d’avoir la foi en Dieu et le soutien familial qui est très important dans le processus de guérison.

L’Œil du Sahara : En ce mois d’Octobre Rose consacré à la sensibilisation au cancer du sein, quel message adressez-vous aux femmes pour les encourager à prendre soin de leur santé et à consulter en cas de doute ?

Kamissa DONGUE HELBONGO : À l’occasion du mois d’Octobre Rose, consacré à la sensibilisation au cancer du sein, je voudrais adresser à toutes les femmes un message d’amour, de courage et de responsabilité envers elles-mêmes.

Chères femmes, votre santé est précieuse. Votre vie compte. Ne la négligez jamais !

Le cancer du sein est une maladie qui peut toucher chacune d’entre nous. Mais plus tôt il est détecté, meilleures sont les chances de bénéficier d’une prise en charge adaptée. C’est pourquoi je vous encourage à être attentives aux changements de vos seins, à consulter un professionnel de santé dès l’apparition d’un signe inhabituel et à ne pas laisser la peur, la honte ou le manque d’information vous empêcher de consulter.

Je voudrais également inviter les femmes à briser le silence autour du cancer du sein. Parlons-en dans nos familles, dans nos quartiers, sur nos lieux de travail et au sein de nos associations. Encourageons nos mères, nos sœurs, nos filles et nos amies à prendre soin de leur santé. Soutenons celles qui sont touchées par la maladie, car elles ont besoin de notre amour, de notre solidarité et de notre accompagnement.

Propos recueillis par Kenzo Brown

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