Tchad : « L’injustice semble prendre la place du droit » : la charge de Me Koumser Soumana Jean Blaise contre l’exclusion de Foullah Édifice
C’est une sortie rare par sa gravité et sa solennité. Ce vendredi 23 octobre, sur sa page Facebook, Me Koumser Soumana Jean Blaise, vice-président de Foullah Édifice FC, a publié une déclaration fleuve intitulée « Quand l’injustice semble prendre la place du droit ». Un texte dans lequel le dirigeant dénonce l’exclusion de son club des play-off nationaux remplacé par Sovotours FC et interpelle directement les instances sur leur manière de faire. Retour sur les points saillants d’une prise de parole qui secoue le football tchadien.
Une exclusion sans décision, sans notification, sans recours
D’entrée de jeu, Me Koumser Soumana Jean Blaise pose le décor de sa « profonde tristesse », de son « immense déception » et de sa « grande stupéfaction ». Ce qu’il reproche aux instances, c’est d’abord une méthode : « Pas de décision officielle portée à notre connaissance. Pas de notification. Pas de possibilité effective de faire appel. Rien. Comme si Foullah Édifice ne méritait même pas le minimum de considération que l’on doit à un club engagé dans une compétition officielle. »
Le dirigeant rappelle que d’autres clubs, notamment l’USM, ont pu contester leur mise à l’écart des play-off en saisissant les instances compétentes et obtenir gain de cause après plusieurs semaines de procédure. « Pourquoi, dans le cas de Foullah Édifice, cette précipitation ? Pourquoi cette absence apparente de garanties procédurales ? Pourquoi ne pas avoir laissé au club le temps et les moyens de faire valoir ses droits ? », s’interroge-t-il.
« Foullah Édifice dérange-t-il à ce point ? »
Le vice-président ne mâche pas ses mots et ose poser la question qui fâche : « Foullah Édifice dérange-t-il à ce point ? » Il refuse de croire à un « règlement de comptes qui dépasserait le cadre du football », mais souligne qu’« il est difficile de ne pas s’interroger lorsque les décisions frappent successivement des personnes et des institutions dont les liens sont connus de tous ».
La référence est à peine voilée : « Après avoir écarté le sénateur Foullah, faudrait-il désormais mettre hors jeu le club dont il est le fondateur, au risque de faire taire toute voix discordante ? » Une interrogation qu’il assume pleinement : « Je pose cette question avec gravité, non pour condamner sans preuve, mais parce que le silence face à de telles interrogations serait une forme de renoncement. »
Le texte se veut aussi un réquisitoire contre le décalage entre les discours et les actes. « Je croyais pourtant que nous étions dans une ère nouvelle, celle de la refondation, de la transparence, de la justice sportive et du changement de paradigme. Mais comment parler de refondation lorsqu’on semble reproduire les pratiques les plus arbitraires du passé ? », écrit-il.
Et d’enchaîner : « Comment prêcher le changement tout en refusant à un club le droit élémentaire de connaître les motifs de son exclusion et de contester une décision qui lui fait grief ? » Plus loin, il interroge encore : « Que valent réellement les slogans de refondation, de transparence et de changement de paradigme si, au premier désaccord, les principes les plus élémentaires semblent être relégués au second plan ? Ne s’agit-il que de belles formules destinées à masquer des pratiques que nous pensions révolues ? »
L’humain avant les institutions : le cri pour la jeunesse
La partie la plus poignante de la déclaration concerne les joueurs. « Et surtout, a-t-on seulement pensé à ces jeunes joueurs ? À ces jeunes qui se lèvent chaque jour pour s’entraîner, qui consentent des sacrifices, qui nourrissent des rêves et qui ont placé dans le football l’espoir d’un avenir meilleur ? Qu’ont-ils fait pour mériter d’être les victimes collatérales de décisions dont ils ne maîtrisent ni les raisons ni les conséquences ? »
Me Koumser Soumana Jean Blaise rappelle ce qu’il y a derrière un nom de club : « des joueurs, des encadreurs, des familles, des supporters et des années d’investissement. Il y a une jeunesse qui demande simplement que ses efforts soient récompensés sur le terrain, et non anéantis par des décisions dont elle ne comprend ni le fondement ni la procédure. »
Un appel au droit, rien qu’au droit
Le dirigeant prend soin de désamorcer toute accusation de partialité : « Nous ne demandons aucun privilège. Nous ne réclamons aucun traitement de faveur. Nous demandons le respect des règles, la transparence des décisions et le droit élémentaire de nous défendre. »
Sa demande est simple et procédurale : « Si Foullah Édifice a commis une faute, qu’on nous la notifie, qu’on nous en expose les motifs et que les textes applicables soient mis en œuvre. Si une décision d’exclusion a été prise, qu’elle soit formalisée et que les voies de recours prévues par les règlements puissent être exercées. C’est cela, la justice sportive. C’est cela, la transparence. C’est cela, la refondation. »
« On ne devrait jamais éliminer le droit »
La conclusion est à la hauteur de l’introduction : solennelle et sans concession. « On peut éliminer un club d’une compétition. Mais on ne devrait jamais éliminer le droit, étouffer le débat ni sacrifier l’avenir des jeunes sur l’autel d’intérêts obscurs. »
Puis vient l’interpellation finale, adressée à tous ceux qui gouvernent le football tchadien : « L’histoire jugera les décisions prises aujourd’hui. Mais, dès à présent, une question demeure : voulons-nous réellement refonder notre football ou simplement changer les visages tout en conservant les vieilles méthodes ? » Et cette phrase, en forme de sentence : « Foullah Édifice mérite des explications. Ses joueurs méritent le respect. Et notre football mérite mieux que cette mascarade. La justice sportive ne doit pas être un slogan. Elle doit être une réalité. »
À travers cette sortie, Me Koumser Soumana Jean Blaise ne demande pas la réintégration de son club sur tapis vert : il demande qu’on lui dise pourquoi il a été écarté, et qu’on lui donne les moyens de contester. C’est une exigence de procédure, pas de passe-droit. Mais derrière la procédure, c’est bien la crédibilité de tout un système qui est en jeu et, avec elle, l’avenir de jeunes joueurs qui n’ont rien demandé d’autre que de jouer leur chance sur le terrain.
Par Kenzo Brown

