Tchad : Maître Ramadane Souleymane, l’homme qui a fait plier la dictature : portrait d’un huissier pas comme les autres.

 

Huissier de justice, infatigable défenseur des droits humains, figure politique intègre : Maître Ramadane Souleymane incarne la constance d’un homme qui a fait de la lutte contre l’injustice le fil rouge de son existence. Retour sur le parcours d’un Tchadien qui n’a jamais plié devant l’arbitraire.

Un engagement sans faille pour la justice et les droits humains

Le nom de Maître Ramadane Souleymane résonne comme un symbole de résistance et de dignité au Tchad. Né le 7 juin 1961 à Baro, dans la région du Guéra, cet homme au parcours hors du commun a consacré sa vie à la défense de l’État de droit et des libertés fondamentales.

Dès les années 1990, il s’illustre dans la lutte pour la justice en s’engageant aux côtés de l’Association des Victimes des Crimes et Répressions Politiques au Tchad (AVCRP). Avec d’autres militants, il porte plainte contre l’ancien dictateur Hissène Habré pour crimes contre l’humanité, actes de torture et barbarie. Ce combat, mené pendant de longues années, aboutit à une étape décisive en janvier 2000 lorsque les plaignants saisissent officiellement le doyen des juges d’instruction du tribunal hors classe de Dakar, posant ainsi les bases judiciaires de la condamnation historique du régime Habré. Ce parcours témoigne de sa détermination à faire triompher la justice, même face aux puissants.

« Chaque blessure laisse une cicatrice et chaque cicatrice raconte une histoire » — Maître Ramadane Souleymane

Une voix qui dérange : l’arrestation de 2017

C’est peut-être en 2017 que le courage de Maître Ramadane Souleymane a été mis à l’épreuve avec la plus grande intensité. Le 15 novembre, cet huissier de justice à Moundou est arrêté et inculpé pour « diffamation » après avoir publié sur sa page Facebook un message interpellant le gouverneur du Logone sur l’utilisation de près de 187 millions de francs CFA prélevés sur les deniers publics au nom de la sécurité.

Emprisonné, il endure des conditions de détention difficiles, qu’il racontera plus tard avec une lucidité saisissante dans une série de témoignages publiés sur les réseaux sociaux. Il décrit avec précision les nuits de séquestration au commissariat central de Moundou, les privations, les interrogatoires, mais aussi la solidarité entre détenus et le soutien indéfectible de sa famille et de ses proches.

« Mes premiers mots vont tout naturellement à ma défense, à ma famille, à tous mes amis et collègues, à tous les compatriotes qui ont cru à la lumière qui pointe à l’horizon et qui dans un élan de solidarité constant ont su et pu braver tous les dangers et intimidations. »

Le 12 décembre 2017, à l’issue de la première audience, le Tribunal de Grande Instance de Moundou annule la procédure pour vice de forme et le libère. Maître Ramadane Souleymane sort libre, mais renforcé dans sa conviction que la justice doit primer sur l’arbitraire.

Restaurer la dignité : l’affaire Acheikh Mahamat Djarma

L’une des interventions les plus marquantes de Maître Ramadane Souleymane en sa qualité d’huissier de justice concerne la restitution d’un bien spolié. Après plus de quinze années d’occupation illégale par des hommes en tenue, Acheikh Mahamat Djarma, ancien maire de N’Djaména et homme politique rentré d’exil, a pu retrouver sa propriété grâce à la diligence du cabinet de Maître Ramadane Souleymane, avec l’assistance des forces de l’ordre.

Ce geste, salué par l’opinion publique, illustre son engagement à rétablir la légalité et à rendre à chacun ce qui lui revient de droit, quels que soient les obstacles.

Une voix politique libre et indépendante

Membre fondateur de la Fédération Action pour la République/Parti Fédéral (FAR/PF), Maître Ramadane Souleymane en est également le Coordinateur Exécutif Fédéral 1er adjoint. À ce titre, il n’a jamais hésité à dénoncer les dérives du pouvoir en place. Sa déclaration de février 2025 résonne encore dans les esprits :

« Mahamat Idriss Déby n’a jamais été élu. Même ses partisans le savent. »

Il dénonce sans complaisance une série d’élections truquées, un parlement désigné plutôt qu’élu, et l’absence de véritable démocratie au Tchad depuis plus de trois décennies. « La règle, c’est le mensonge », martèle-t-il, appelant les Tchadiens à s’unir pour dire non à ceux qui ont « détruit ce pays ».

Un humaniste au service des plus vulnérables

Au-delà de ses combats judiciaires et politiques, Maître Ramadane Souleymane se distingue par son souci constant du bien commun. En 2012, il dénonce publiquement la « Dia » spéciale Zaghawa, une compensation financière exigée par certaines communautés, qu’il juge discriminatoire et moyenâgeuse.

Sa lettre ouverte au chef de la communauté Migami est un réquisitoire vibrant contre le racisme et l’injustice :

« Il n’existe pas de super homme et moins encore d’homme plus cher qu’un autre au sein d’une nation. La notion de pureté de race ou de genre est un concept moyenâgeux à jamais révolu et comme tel, doit être combattu par tous ceux qui œuvrent pour l’égalité des hommes devant la loi. »

L’homme derrière le titre

Aujourd’hui, Maître Ramadane Souleymane est une référence. Son cabinet d’huissier, situé à N’Djaména, est un lieu où les justiciables savent qu’ils trouveront écoute, compétence et intégrité. Mais au-delà du titre, c’est l’homme qui inspire le respect : un homme qui a connu la prison pour ses convictions, qui a vu la mort de près, mais qui n’a jamais renoncé à ses idéaux.

Maître Ramadane Souleymane est bien plus qu’un huissier de justice. Il est un symbole de résistance pacifique, un défenseur infatigable des droits humains et un acteur incontournable de la vie politique tchadienne. Son parcours, marqué par l’épreuve de la prison, les menaces et les intimidations, n’a fait que renforcer sa détermination à servir son pays avec honneur et dignité.

Aujourd’hui, alors que le Tchad cherche sa voie vers une démocratie véritable, des hommes comme Maître Ramadane Souleymane incarnent l’espoir d’un avenir meilleur, fondé sur la justice, l’égalité et le respect des libertés fondamentales.

Par Kenzo Brown 

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