Tchad : N’Djamena rejette les accusations de l’ONU sur des frappes meurtrières, mais accepte une enquête
Le gouvernement tchadien a fermement rejeté, le jeudi 14 Mai , les accusations des Nations unies l’accusant d’avoir causé la mort d’une centaine de civils lors de frappes aériennes contre Boko Haram dans le bassin du lac Tchad. Tout en contestant les chiffres avancés par l’ONU, N’Djamena s’est dit prêt à accueillir une mission d’enquête indépendante pour établir les faits.
Un bras de fer rhétorique oppose le Tchad au Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH). Ce dernier a récemment fait état d’« une centaine de victimes civiles » suite à des frappes aériennes menées par l’armée tchadienne dans la région instable du bassin du lac Tchad.
Lors d’un point de presse, le porte-parole du gouvernement tchadien, Gassim Chérif, a vivement contesté ces affirmations. « Nous rejetons ces accusations qui ne reposent sur aucun fait tangible sur le terrain », a-t-il déclaré, sans pour autant nier la tenue d’opérations militaires.
Des frappes en riposte à des attaques de Boko Haram
Selon N’Djamena, les frappes dénoncées s’inscrivent dans une réponse légitime à des attaques perpétrées par Boko Haram les 4 et 6 mai derniers contre des positions militaires tchadiennes. Ces assauts jihadistes auraient causé « plusieurs morts et blessés » dans les rangs de l’armée.
Le gouvernement affirme que les opérations aériennes ont été menées avec précision, ciblant « exclusivement des positions contrôlées par les groupes armés sur des îles du lac Tchad ». Il dément formellement avoir visé délibérément des populations civiles.
Une enquête internationale acceptée
Face à la controverse, les autorités tchadiennes ont surpris une partie des observateurs en annonçant leur disponibilité à recevoir une mission d’enquête indépendante. « Le Tchad est prêt à accueillir une mission d’enquête de l’ONU ou de toute autre instance internationale afin d’établir les faits sur le terrain », a assuré Gassim Chérif. Cette ouverture, rare dans la région, pourrait permettre de démêler le vrai du faux sur ces frappes.
Le lac Tchad, foyer d’insécurité chronique
Cet épisode rappelle la situation sécuritaire toujours explosive dans le bassin du lac Tchad. Depuis plus de quinze ans, cette zone à cheval sur le Nigeria, le Niger, le Cameroun et le Tchad est un des principaux foyers d’insécurité en Afrique, en raison des activités des groupes jihadistes, dont Boko Haram et ses dissidents de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP).
L’armée tchadienne, considérée comme l’une des plus solides de la région, y mène régulièrement des opérations dites de « sécurisation ». Mais les frappes aériennes, dans cette région de lacs et de zones inondables, soulèvent régulièrement la question de la protection des civils, souvent pris entre deux feux.
Par Kenzo Brown

