Cameroun : près de 200 sociétés épinglées pour exploitation illégale d’or, une contrebande à grande échelle révélée

Près de 200 sociétés impliquées dans l’exploitation illégale d’or ont été identifiées par les autorités camerounaises dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua. Cette découverte, qui confirme les craintes d’une contrebande massive, fait suite à un rapport accablant de l’ITIE révélant des écarts spectaculaires entre la production déclarée et les quantités réellement exportées.

Le secteur minier camerounais traverse une tempête. Début janvier, sur instruction directe de la présidence de la République, une enquête a été lancée pour faire la lumière sur d’inquiétantes anomalies. Les résultats, rendus publics ces derniers jours, dépassent toutes les attentes : près de 200 sociétés opéreraient clandestinement sur des sites d’orpaillage artisanaux dans l’Est et l’Adamaoua.

Des entreprises étrangères en première ligne

Selon le ministère des Mines, la majorité de ces structures seraient des entreprises étrangères, dirigées pour une grande partie d’entre elles par des ressortissants chinois. Elles exploiteraient illégalement des gisements artisanaux sans aucune autorisation, échappant ainsi à tout contrôle et à toute fiscalité.

Les autorités ont ordonné l’arrêt immédiat de ces activités, mais n’ont pas encore précisé la nature des éventuelles poursuites judiciaires à l’encontre des sociétés et de leurs responsables.

Des chiffres qui donnent le vertige

L’enquête fait suite à une révélation fracassante du rapport 2023 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). Alors que le Cameroun déclarait officiellement une production de 953 kilos d’or en 2023, les pays acheteurs – principalement les Émirats arabes unis – affirmaient avoir importé plus de 15 tonnes d’or en provenance du pays.

Un écart abyssal de plus de 14 tonnes, qui ne peut s’expliquer, selon les experts, que par l’existence de réseaux de contrebande structurés et de circuits informels totalement hors du contrôle de l’État.

Un fléau aux multiples conséquences

Cette contrebande massive prive le Cameroun de revenus fiscaux considérables, alimente l’économie informelle et fragilise la gouvernance d’un secteur que le pays cherche pourtant à développer. Yaoundé affiche en effet des ambitions minières importantes, misant sur l’or, le fer, le diamant et le cobalt pour diversifier son économie.

Mais ces révélations successives écorchent l’image du secteur. Les observateurs et les organisations de la société civile pointent régulièrement du doigt un manque criant de transparence et des faiblesses persistantes dans le contrôle des chaînes de production et d’exportation.

Quelles suites pour les sociétés illégales ?

Pour l’heure, le gouvernement reste discret sur les sanctions envisagées. L’arrêt immédiat des activités illégales a été exigé, mais rien n’a filtré concernant d’éventuelles poursuites pénales, saisies d’actifs ou amendes. La pression est désormais forte sur les autorités camerounaises pour qu’elles transforment cette enquête en actes concrets et mettent fin à ce qui ressemble à un vaste système de contrebande organisée.

Par Issa Abdou 

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