Tchad : « Nous sommes fatigués de vivre dans le noir » Le MPA dénonce l’abandon électrique et interpelle l’État
Il est des silences qui en disent long. Celui d’un ventilateur qui s’arrête en pleine chaleur. Celui d’un ordinateur qui s’éteint au milieu d’une procédure. Celui, surtout, d’un fonctionnaire venu chercher son avancement, d’un diplômé en instance d’intégration, d’un retraité réclamant les documents administratifs nécessaires pour faire valoir ses droits à la pension, et que l’obscurité renvoie chez lui, une fois de plus. C’est cette réalité-là, faite d’humiliation et de résignation, que le Mouvement du Peuple pour l’Alternance (MPA) a décidé de mettre en mots.
« Nos administrations meurent à petit feu »
Dans une déclaration chargée de colère et d’exaspération, le parti présidé par Mbaïhouadji Olivier refuse de banaliser l’inacceptable. Les coupures d’électricité, dit-il, ne sont plus de simples incidents techniques. Elles sont devenues une épreuve quotidienne infligée au peuple tchadien, un fardeau porté en silence par ceux qui n’ont ni générateur, ni privilège, ni alternative.
Le MPA cite un lieu emblématique de cette souffrance : le ministère de la Fonction publique. Là où des hommes et des femmes viennent, souvent de loin, pour réclamer ce qui leur est dû, l’électricité s’absente. Les dossiers s’empilent. Les files s’allongent. Les espoirs s’éteignent. Derrière chaque coupure, il y a un retraité qui rentre les mains vides. Un diplômé qui perd une journée de plus. Une famille qui doute un peu plus.
La digitalisation ? « Une promesse faite dans le noir »
Le parti dénonce une hypocrisie cruelle. Comment parler de modernisation, de digitalisation, de services en ligne, quand le courant lui-même est un luxe ? « On nous promet un avenir numérique, mais on nous laisse dans le noir du présent », semble dire le MPA. Les réformes annoncées, martèle-t-il, resteront des coquilles vides tant qu’elles ne seront pas accompagnées d’engagements clairs, chiffrés et respectés.
Car le MPA le rappelle avec amertume : ce n’est pas la première fois qu’il alerte. Ce n’est pas la première fois qu’il dénonce. Et ce n’est pas la première fois, non plus, que ses cris se perdent dans l’indifférence des sphères du pouvoir.
Un appel qui ressemble à un ultimatum
Cette fois, le ton se durcit. Le MPA interpelle directement le Président de la République et son gouvernement. Il les somme de prendre enfin leurs responsabilités, de cesser de laisser l’administration et les services essentiels s’enfoncer dans la paralysie.
Ce n’est plus une requête. C’est une mise en demeure morale. Parce que derrière les câbles débranchés, il y a un pays qui suffoque. Derrière les délestages, il y a une jeunesse qui perd patience. Et derrière le silence officiel, il y a une colère qui monte.
Reste à savoir si cet appel trouvera un écho auprès des autorités. En attendant, à N’Djaména, les générateurs continuent de tourner – quand ils ont du carburant.
Par Kenzo Brown

