Côte d’Ivoire : le tambour Djidji Ayôkwé officiellement restitué par la France après 110 ans
Partager la publication "Côte d’Ivoire : le tambour Djidji Ayôkwé officiellement restitué par la France après 110 ans"
Dans un geste historique fort, la France a restitué à la Côte d’Ivoire le tambour parleur Djidji Ayôkwé, saisi en 1916. L’instrument, véritable chef-d’œuvre du patrimoine culturel immatériel ivoirien, a été officiellement accueilli à Abidjan le 20 février 2026, marquant la fin d’un exil long de plus d’un siècle.
C’est un symbole puissant qui a retrouvé sa terre natale. Le Djidji Ayôkwé, tambour sacré du peuple Atchan (Ébrié), n’est pas un simple objet d’art. Durant des générations, cet instrument a été le cœur battant de la communauté, servant de moyen de communication à longue distance grâce à un langage rythmique codifié. Il incarnait l’autorité des chefs, rythmait la vie sociale et cimentait la mémoire collective.
Son histoire bascule en 1916, lorsque l’administration coloniale française s’en empare. Pendant plus d’un siècle, l’âme musicale des Atchan est conservée au Musée du quai Branly – Jacques Chirac à Paris, laissant derrière elle un vide culturel et identitaire profond.
Le retour du tambour, officialisé par la ministre ivoirienne de la Culture, Françoise Remarck, lors d’une cérémonie empreinte d’émotion, vient aujourd’hui refermer cette blessure. Ce rapatriement s’inscrit dans le cadre des préconisations du rapport Sarr-Savoy (2018), qui a ouvert la voie à la restitution des biens culturels spoliés pendant la période coloniale.
Pour la Côte d’Ivoire, cette journée du 20 février 2026 est bien plus qu’une simple remise d’objet. C’est un acte de réappropriation de son histoire et de réaffirmation de sa souveraineté culturelle sur la scène internationale.
« Le retour du Djidji Ayôkwé est un moment de dignité retrouvée. Il ne s’agit pas seulement de récupérer un artefact, mais de renouer le fil d’une tradition interrompue et de redonner vie à la mémoire de tout un peuple », a déclaré la ministre Remarck.
Ce geste diplomatique de la France est perçu comme un pas important dans la reconnaissance de la valeur inestimable des traditions africaines. Il est également vu comme un précédent majeur qui pourrait encourager d’autres nations africaines à intensifier leurs demandes de restitution de biens culturels dispersés à travers les musées occidentaux.
Avec ce retour, les communautés Atchan espèrent désormais pouvoir renouer avec les savoirs ancestraux liés à l’instrument, et peut-être, faire résonner à nouveau la voix du tambour sur les rives de la lagune Ébrié.
Par Ousmane Diallo

