Burkina: Réinsertion : Boukari, 13 ans, ex-porteur d’arme, ne jure plus que par l’école pour contrer le terrorisme
« Mon seul rêve est de repartir à l’école pour poursuivre mes études. » À seulement 13 ans, Boukari porte un regard lucide sur le cauchemar qu’il vient de traverser. Libéré en mars 2026 par les Forces combattantes lors de l’opération qui a décimé une base terroriste à la lisière des provinces de la Gnagna et du Namentenga, ce jeune garçon veut désormais troquer le fusil contre un sac d’écolier.
Le parcours de Boukari illustre la fragilité des enfants face à l’insécurité qui secoue le Centre-Nord et l’Est du pays. En 2024, tout bascule pour cet élève de sixième, alors promis à un avenir scolaire classique. L’irruption des groupes armés terroristes dans son village provoque la fermeture de l’école et le déplacement forcé de sa famille. Réfugié à Bogandé, le jeune garçon voit son rêve d’instruction s’éloigner faute de ressources.
Orienté vers un cousin paternel dans une autre localité pour garder des troupeaux, Boukari bascule dans l’engrenage. Isolé et vulnérable, il devient une cible de choix pour les recruteurs terroristes qu’il croise régulièrement. « On lui a fait miroiter une vie meilleure », expliquent des sources sécuritaires. Trompé par des promesses fallacieuses, l’adolescent finit par rejoindre leur base, pensant échapper à sa misère.
La désillusion est immédiate. Loin du tableau idyllique qu’on lui avait peint, Boukari découvre un quotidien fait de souffrance et de violence. « Sur place, j’ai compris que ce n’était pas du tout un bon travail. J’ai beaucoup souffert », confie-t-il sobrement, sans entrer dans les détails des épreuves endurées.
Aujourd’hui, libéré par l’action des Forces de défense et de sécurité (FDS) auxquelles il exprime sa gratitude (« Je remercie beaucoup Dieu et les FDS »), Boukari a retrouvé l’espoir. Il porte désormais un projet ambitieux : devenir enseignant. Pour lui, l’école est bien plus qu’un droit. Elle incarne un bouclier.
« Si les gens ont le savoir, les terroristes ne pourront plus les flatter pour qu’ils tuent des gens au hasard », lance-t-il avec une maturité déconcertante pour son âge.
Son témoignage résonne comme un plaidoyer en faveur des programmes de réinsertion et de la construction d’écoles dans les zones en reconstruction, seuls remparts durables contre l’embrigadement des plus jeunes.
Par Francis Kaboré

