Gabon : Le gouvernement dément les accusations de Sylvia Bongo et brandit la menace d’une suspension de France 24

 

 

Moins de 48 heures après la diffusion d’un entretien choc de l’ancienne première dame sur France 24, le gouvernement a vivement réagi, rejetant les allégations de torture et avertissant la chaîne française d’un possible retrait de sa fréquence au Gabon.

La tension médiatique monte d’un cran entre Libreville et Paris. Ce dimanche 8 mars 2026, le ministre de la Communication et des Médias, Germain Biahodjow, a convoqué la presse pour répondre aux graves accusations portées par Sylvia Bongo Ondimba, épouse de l’ancien président Ali Bongo, lors de son interview vendredi sur France 24.

Un démenti catégorique et une accusation de « stratégie de déstabilisation »

Lors de son face-à-face avec le journaliste Marc Perelman, Sylvia Bongo avait livré un témoignage accablant sur ses conditions de détention, affirmant avoir été victime de violences physiques, déclarant notamment : « On m’a étranglée avec une écharpe. Mon fils était tout bleu ». Des propos que le gouvernement a balayés d’un revers de main.

« Le gouvernement récuse fermement ces allégations diffamatoires », a tonné Germain Biahodjow. Selon lui, l’ex-première dame et son fils Noureddin Bongo Valentin ont bénéficié « d’un traitement conforme aux règles de droit et au respect de la dignité humaine » durant leur détention préventive.

Le ministre a rappelé le cadre judiciaire de cette affaire : poursuivis pour détournement de fonds publics, corruption et blanchiment, Sylvia et Noureddin Bongo ont été condamnés par contumace en novembre 2025 à vingt ans de prison et font l’objet d’un mandat d’arrêt international. Pour le gouvernement, l’intervention médiatique de l’ex-première dame s’inscrit dans une « stratégie de déstabilisation » visant à ternir l’image des institutions.

Afin de contrer ce récit, le ministre a cité l’exemple d’Ali Bongo, l’ancien président, qui, bien que placé en résidence surveillée après le coup d’État d’août 2023, a bénéficié de soins médicaux, preuve, selon lui, de l’humanité du régime actuel.

France 24 dans le viseur : entre menace de suspension et invitation paradoxale

La sortie du ministre ne s’est pas limitée à une défense des pratiques gouvernementales. Elle s’est rapidement transformée en une attaque en règle contre le média ayant diffusé la parole de Sylvia Bongo. Le gouvernement a condamné « avec fermeté la diffusion de ces contre-vérités et de récits déformés, amplifiés par certains médias occidentaux », accusés de servir de « relais à des campagnes de désinformation ».

La mise en garde, adressée directement à France 24, est sans équivoque :
« Face à ces accusations répétées, le gouvernement se réserve le droit de prendre les mesures nécessaires, y compris la décision souveraine de suspendre leur diffusion sur le territoire national à titre conservatoire. »

Si aucune décision formelle n’a encore été prise par la Haute Autorité de la Communication, la menace est clairement perçue comme un avertissement. Dans un geste paradoxal, M. Biahodjow s’est dit prêt à se rendre sur le plateau de la chaîne pour y défendre la version officielle, une initiative qui semble davantage viser à reprendre le contrôle du narratif qu’à ouvrir un véritable dialogue.

À l’heure où nous mettons sous presse, France 24 n’avait pas réagi officiellement à cette menace et l’interview controversée restait accessible en ligne et en replay.

Un durcissement médiatique confirmé sous la présidence d’Oligui Nguema

Cette escalade verbale s’inscrit dans un contexte de restrictions croissantes des libertés numériques au Gabon, sous l’ère du président élu, Brice Clotaire Oligui Nguema. Depuis le 17 février 2026, l’accès aux principaux réseaux sociaux (Facebook, Instagram, TikTok, WhatsApp, YouTube) est suspendu, officiellement pour lutter contre la désinformation.

La menace pesant sur France 24 constituerait une nouvelle étape dans cette politique de contrôle de l’information. Le ministre a d’ailleurs annoncé la tenue prochaine d’un « forum national citoyen sur la régulation des réseaux sociaux », une initiative présentée comme un outil de lutte contre les contenus haineux mais perçue par l’opposition et les défenseurs de la liberté de la presse comme un nouveau mécanisme de censure.

Sur les réseaux sociaux, devenus accessibles uniquement via des VPN depuis la suspension, les avis sont tranchés. Si les partisans du président Oligui Nguema saluent la fermeté du gouvernement face à ce qu’ils considèrent comme une diffamation, les critiques y voient une tentative d’étouffer toute voix discordante, tant nationale qu’internationale. Le chef de l’État, élu depuis [insérer date si connue, sinon : ces derniers mois], ne s’est pas exprimé publiquement sur cet incident diplomatique et médiatique.

Par Jérôme Wailifu 

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