Côte d’Ivoire : « Notre âme est de retour » : Le tambour sacré Djidji Ayokwè accueilli en héros à Abidjan après 110 ans d’exil
C’est un vendredi 13 qui restera gravé dans la mémoire collective du peuple Atchan. Après 110 années passées loin de sa terre natale, le tambour parleur Djidji Ayokwè, l’un des trésors culturels les plus précieux de Côte d’Ivoire, a enfin foulé le sol ivoirien. L’émotion était à son comble, mêlant larmes de joie, chants sacrés et youyous envoûtants.
L’arrivée tant attendue à Abidjan
C’est en début d’après-midi que l’aéronef transportant la précieuse relique a touché le tarmac de l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny. Dans un silence respectueux, chargé d’histoire, la caisse soigneusement scellée contenant le tambour a été descendue sous les regards émus d’une délégation restreinte mêlant dignitaires traditionnels, membres du gouvernement et représentants du patrimoine culturel ivoirien.
Le ministre de la Culture et de la Francophonie, visiblement ému, a salué « un moment historique de réparation mémorielle et de renaissance culturelle ». Des sources proches du dossier indiquent que les autorités françaises ont collaboré activement pour faciliter ce rapatriement, répondant ainsi à des décennies de demandes des communautés Atchan.
Adjamé en liesse : l’accueil du peuple
Mais c’est véritablement sur l’esplanade de la mairie d’Adjamé, cœur battant du pays Atchan (Ébrié), que l’émotion a atteint son paroxysme. Dès l’arrivée du convoi, ce fut une véritable marée humaine.
Des milliers de personnes – hommes, femmes, enfants, jeunes et anciens – avaient pris place depuis l’aube, vêtus de pagnes blancs et noirs, couleurs du recueillement et de la sacralité. Certains pleuraient en silence, d’autres levaient les mains au ciel en signe de gratitude.
« Aujourd’hui, notre ancêtre nous revient. Djidji Ayokwè, c’est notre mémoire, notre historiographe, notre âme collective. Pendant 110 ans, il s’est tu en exil. Désormais, il pourra à nouveau parler à son peuple », a déclaré, la voix tremblante d’émotion, Nanan Adjé, chef du village d’Adjamé, après avoir accompli les rites traditionnels d’accueil.
Les youyous stridents des femmes ont déchiré l’air, tandis que les tambours sacrés entamaient un dialogue rythmé avec le Djidji Ayokwè, comme pour vérifier qu’il reconnaissait enfin sa terre natale.
Un siècle d’exil : retour sur l’histoire du tambour parleur
Pour comprendre l’émotion soulevée par ce retour, il faut plonger dans l’histoire. Le Djidji Ayokwè n’est pas un simple instrument de musique. C’est un tambour sacré, un véritable « téléphone » traditionnel capable de transmettre des messages codés sur des kilomètres à travers la forêt.
Confisqué en 1916 par l’administration coloniale française, il avait été emporté hors du territoire ivoirien, privant ainsi le peuple Atchan de son lien spirituel et de son moyen de communication ancestral. Conservé pendant plus d’un siècle dans des réserves de musées français, il faisait l’objet de demandes répétées de restitution de la part des communautés ivoiriennes.
Les personnalités présentes : un rassemblement historique
La cérémonie d’accueil a vu la présence de nombreuses personnalités du monde politique, culturel et diplomatique :
· Plusieurs membres du gouvernement ivoirien, venus saluer l’aboutissement de ce processus de restitution.
· L’ambassadeur de France en Côte d’Ivoire, dont la présence a été interprétée comme un geste fort de reconnaissance des torts du passé.
· Des représentants de l’UNESCO, venus documenter ce qui constitue un précédent majeur en matière de rapatriement de biens culturels.
· La ministre de la Culture, qui a déclaré : « Ce retour est le fruit d’un travail discret mais acharné des diplomates et des acteurs culturels. La Côte d’Ivoire renoue avec son histoire. »
· Des artistes et intellectuels ivoiriens, parmi lesquels plusieurs figures emblématiques de la scène culturelle.
Les moments forts en images
La rédaction du journal l’œil du Sahara a sélectionné pour vous les clichés les plus marquants de cette journée inoubliable :
1. L’arrivée à l’aéroport – La caisse contenant le tambour, drapée dans un pagne traditionnel, descendue avec des gestes d’une infinie précaution.
2. Le cortège vers Adjamé – Des motos, des voitures, une foule courant derrière le convoi, comme pour ne pas perdre une seconde de ce moment historique.
3. L’accueil par les chefs traditionnels – Nanan Adjé, entouré des notables, psalmodiant les paroles de bienvenue dans la langue Atchan, tandis que le tambour « répondait » par des vibrations mystiques.
4. La foule en prière – Des femmes âgées, agenouillées, versant des larmes de joie en touchant le sol où reposait désormais l’objet sacré.
5. Les jeunes générations – Des enfants, curieux, assistant bouche bée à un événement dont leurs parents leur parlaient comme d’une légende.
Quel avenir pour le Djidji Ayokwè ?
La question de la conservation et de l’exposition du tambour sacré reste centrale. Les autorités ivoiriennes et les chefs traditionnels ont affirmé travailler main dans la main pour définir le cadre idéal de sa préservation.
Deux options sont envisagées :
· Un écrin muséal moderne : Le Djidji Ayokwè pourrait rejoindre le Musée des civilisations de Côte d’Ivoire, dans des conditions de conservation optimales, tout en restant accessible au public.
· Un lieu de vie spirituel : Les chefs traditionnels insistent sur la nécessité de préserver la dimension sacrée de l’objet. « Ce n’est pas un vulgaire objet de musée. Il est vivant. Il a besoin de paroles, de sacrifices et de respect », a rappelé un porte-parole de la communauté Atchan.
Une solution mixte est privilégiée : une exposition permanente dans un espace sécurisé, combinée à des cérémonies traditionnelles régulières pour « nourrir » spirituellement le tambour.
Veillées et célébrations populaires
Dès la tombée de la nuit, des veillées spontanées se sont organisées dans plusieurs communes du Grand Abidjan – Adjamé, Bingerville, Bassam, Abobo – partout où la culture Atchan est vivante.
Les tam-tams ont résonné jusqu’à l’aube, dialoguant avec l’esprit du Djidji Ayokwè, comme pour lui souhaiter la bienvenue et renouer un dialogue interrompu depuis plus d’un siècle.
Un symbole pour toute l’Afrique
Ce retour du Djidji Ayokwè dépasse largement le cadre ivoirien. Il s’inscrit dans un mouvement plus large de restitution du patrimoine africain spolié pendant la période coloniale.
De nombreux observateurs y voient un précédent encourageant pour d’autres pays du continent engagés dans des démarches similaires. Le Bénin, le Sénégal ou le Nigeria suivent avec attention le processus ivoirien, espérant que la dynamique s’étende à d’autres œuvres majeures encore détenues dans les musées occidentaux.
La parole aux acteurs
Témoignage d’une ancienne d’Adjamé :
« Mon grand-père m’avait parlé du Djidji. Il disait que lorsqu’il parlait, on l’entendait jusqu’à Grand-Bassam. Aujourd’hui, je ne pensais pas vivre assez longtemps pour le voir revenir. Merci, merci à tous ceux qui ont rendu cela possible. »
Déclaration du ministre de la Culture :
« Ce retour est un message d’espoir pour toute la jeunesse ivoirienne. Nos racines sont profondes, notre culture est vivante. Le Djidji Ayokwè retrouve sa place, et avec lui, c’est toute une part de notre identité qui nous est rendue. »
Le vendredi 13 mars 2026 restera dans les annales comme le jour où le peuple Atchan a retrouvé son âme. Le Djidji Ayokwè, silencieux pendant 110 ans d’exil, pourra désormais vibrer à nouveau sur sa terre natale, portant les messages, les joies et les peines de tout un peuple.
Son retour est une victoire pour la mémoire, pour la culture, et pour la dignité d’un continent qui réclame, morceau par morceau, ce qui lui a été pris.
Bienvenue à la maison, Djidji Ayokwè. Tu nous as manqué.
Par Ousmane Diallo

