Guinée : Décès en détention du Commandant Aboubacar Diakité dit « Toumba »
Partager la publication "Guinée : Décès en détention du Commandant Aboubacar Diakité dit « Toumba »"
L’ancien haut responsable de la junte militaire guinéenne, le Commandant Aboubacar Diakité, connu sous le nom de « Toumba », est décédé dans la nuit du mercredi 25 mars 2026 à l’Hôpital militaire du Camp Samory Touré, à Conakry, où il avait été évacué en urgence. Il était incarcéré à la Maison d’arrêt de Coyah depuis son arrestation en 2022, dans le cadre de la répression sanglante du 28 septembre 2009 au stade de Conakry.
L’information a été rendue publique par la Direction nationale de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion, qui a publié un communiqué officiel en fin de journée.
Selon le document, le condamné avait fait l’objet, le 4 mars 2026, d’un rapport médical établi par des spécialistes du Centre hospitalo-universitaire Ignace Deen, en présence du procureur de la République de Coyah et de son avocat, Maître Lancien Sylla. Ce rapport faisait état d’un tableau clinique préoccupant, caractérisé par une tuméfaction épigastrique, des douleurs abdominales persistantes, une constipation chronique et des troubles du sommeil.
Dans la nuit du 23 mars, alors que son état de santé se dégradait, les autorités pénitentiaires ont procédé à son évacuation sanitaire d’urgence vers l’Hôpital militaire du Camp Samory Touré. Pris en charge par une équipe médicale spécialisée, il a malheureusement succombé à son état.
Les médecins traitants ont établi que le décès est survenu à 4 heures 35 minutes dans un tableau clinique de « hernie de la ligne blanche étranglée compliquée d’une péritonite aiguë généralisée ».
Le communiqué officiel précise qu’un rapport détaillé sera transmis aux autorités judiciaires compétentes « pour toute suite de droit ».
Un personnage clé du feuilleton judiciaire du 28 septembre 2009
Le Commandant Aboubacar Diakité était l’un des principaux accusés dans le procès historique des massacres du 28 septembre 2009, au cours duquel les forces de sécurité avaient réprimé dans le sang un rassemblement de l’opposition au stade de Conakry, faisant au moins 157 morts selon les chiffres officiels, et des centaines de blessées et de victimes de violences sexuelles, selon les organisations de défense des droits humains.
Arrêté en avril 2022 après plusieurs mois de cavale, il était jugé pour complicité d’assassinat, violences et tortures. En juillet 2024, il avait été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité par le Tribunal de première instance de Dixinn, aux côtés de l’ancien président de la transition, le général Sékouba Konaté (acquitté en appel) et de plusieurs autres hauts gradés de l’armée.
Sa détention et son état de santé avaient régulièrement suscité des interrogations, notamment de la part de ses avocats qui avaient à plusieurs reprises demandé des aménagements de peine pour raisons médicales.
La Direction nationale de l’administration pénitentiaire a présenté ses « condoléances les plus émues à la famille du défunt, à ses proches ainsi qu’à l’ensemble de ses relations ».
Une enquête judiciaire pourrait être ouverte pour déterminer les circonstances exactes de son décès et vérifier que toutes les mesures nécessaires ont été prises pour préserver sa santé durant sa détention, conformément aux exigences légales.
Par Chérif Keita

