Bénin : le journaliste Pascal Mitowadé condamné à cinq ans de prison pour des publications sur la tentative de coup d’État

 

La Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) a infligé une peine de cinq ans de prison ferme au journaliste Pascal Mitowadé, poursuivi pour « apologie de crime contre la sûreté de l’État » et « incitation à la rébellion ». Une décision qui interroge sur l’état de la liberté de la presse au Bénin.

Le verdict est tombé dans une salle d’audience de la CRIET, à Cotonou. Ce mardi 24 mars 2026, le tribunal a condamné Pascal Mitowadé, journaliste au quotidien La Tribune de la capitale, à cinq ans d’emprisonnement ferme ainsi qu’à une amende de dix millions de francs CFA. Les charges retenues contre lui sont lourdes : apologie de crime contre la sûreté de l’État, incitation à la haine via internet et incitation à la rébellion.

Les faits remontent à décembre 2025, en pleine tentative de coup d’État qui a secoué le pays. Ce jour-là, alors que des militaires mutins apparaissaient à la télévision pour annoncer avoir renversé le président Patrice Talon, Pascal Mitowadé publiait un message sur les réseaux sociaux. Il y relatait cette prise de parole et évoquait une prise de pouvoir en cours.

Pour la CRIET, cette publication ne relève pas du simple travail d’information. Le tribunal y a vu un soutien explicite à une entreprise de déstabilisation de l’ordre constitutionnel, une interprétation que les proches du journaliste et plusieurs observateurs contestent vigoureusement.

« Il relayait l’information, il ne la soutenait pas »

Depuis son interpellation, la défense de Pascal Mitowadé martèle le même argument : le journaliste n’a fait que rapporter des faits en train de se produire, dans un contexte d’urgence et de flou informationnel. « Il regardait la télévision comme des milliers de Béninois. Il a partagé ce qu’il voyait, sans jamais appeler à la rébellion ou à la haine. C’est une confusion entre l’information et l’apologie », confie un confrère qui suit le dossier.

Âgé d’une quarantaine d’années, le journaliste ne possédait aucun antécédent judiciaire et n’était pas connu des services de sécurité. À la barre, il a plaidé la clémence, tentant de convaincre le tribunal de la bonne foi de sa démarche. Peine perdue.

Une condamnation qui ravive les tensions sur la liberté de la presse

Ce verdict intervient dans un contexte déjà tendu pour les médias béninois. Ces dernières années, plusieurs journalistes ont été poursuivis ou intimidés pour leurs publications, notamment lorsqu’elles touchent aux affaires politiques ou sécuritaires. La CRIET, juridiction d’exception créée pour juger les infractions économiques et terroristes, se retrouve régulièrement au centre des critiques pour son rôle dans la répression des délits de presse.

La peine infligée à Pascal Mitowadé est particulièrement sévère. Cinq ans de prison ferme, assortis d’une amende de dix millions de francs CFA, un montant dissuasif pour un professionnel des médias. Les organisations de défense de la liberté d’expression ont déjà commencé à réagir, dénonçant ce qu’elles considèrent comme une atteinte grave au droit à l’information.

Un recours possible

Le journaliste dispose désormais d’un délai de quinze jours pour interjeter appel. Sa défense étudie cette option, tandis que ses soutiens espèrent une mobilisation de la communauté professionnelle et des organisations internationales pour faire pression en faveur d’un réexamen du dossier.

En attendant, Pascal Mitowadé reste détenu. Son sort cristallise désormais les inquiétudes d’une partie de la société civile béninoise, qui voit dans cette condamnation un signal inquiétant pour l’exercice du journalisme dans le pays.

Par Jérôme Wailifu 

Commentaires Facebook