Tchad : Des sols plus riches, un avenir plus prometteur : renforcer la résilience au pays
Savez-vous ce qu’est un barrage de répartition des eaux pluviales ? Beaucoup l’ignorent, mais pour les communautés d’accueil et les réfugiés soudanais au Tchad, c’est une véritable bouée de sauvetage. Ces ouvrages en béton retiennent et gèrent l’excédent d’eau de pluie, permettant aux réfugiés d’accéder à l’eau potable et contribuant, tant pour eux que pour les communautés d’accueil, à améliorer la fertilité des sols et à étendre les terres arables.
En ralentissant le débit des crues et en les répartissant sur les zones environnantes, ces mesures permettent une meilleure infiltration de l’eau dans le sol. De ce fait, les cultures se développent mieux et l’herbe destinée au bétail prospère, transformant ainsi la vie et les paysages des régions tchadiennes sujettes à la sécheresse.
Suite à la reprise des combats au Soudan, plus de 917 000 réfugiés soudanais sont arrivés au Tchad depuis avril 2023, souvent dans des localités où ils se retrouvent en concurrence avec la population locale pour des ressources limitées. L’agriculture est la principale source de revenus tant pour les communautés d’accueil que pour les réfugiés, mais ces derniers sont souvent fortement dépendants de l’aide humanitaire.
Les terres arables sont rares dans cette région où l’irrigation dépend des précipitations et où l’irrégularité des pluies entraîne de longues périodes de sécheresse suivies d’averses torrentielles. Ces conditions assèchent les sols et, lorsque de fortes pluies surviennent, elles provoquent souvent des inondations qui endommagent davantage les ressources naturelles de la région.
Développer les opportunités agricoles et commerciales est donc essentiel pour accroître l’autonomie des réfugiés, d’autant plus que les crises prolongées peuvent les enfermer dans un cycle de vulnérabilité pendant des années, voire des décennies.
Face à ces défis, l’Union européenne (UE) associe l’aide d’urgence à des programmes de développement afin de répondre aux besoins immédiats et à long terme. L’objectif est de réduire la dépendance des réfugiés à l’égard de l’aide extérieure en créant des solutions durables qui renforcent leur autonomie.
En partenariat avec le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), elle soutient la création d’infrastructures d’eau potable dans les camps de réfugiés grâce à l’aide humanitaire. De plus, elle finance la construction de barrages de répartition des eaux afin de reconstituer et de préserver les ressources en eau grâce à l’aide au développement.
En collaboration avec son partenaire, le Programme alimentaire mondial (PAM), l’UE fournit également une aide alimentaire d’urgence aux réfugiés par le biais d’efforts humanitaires et soutient des initiatives agricoles visant à restaurer la fertilité des sols grâce à des barrages de répartition de l’eau, grâce à des financements au développement.
En 2024, l’UE a alloué une première tranche de 3 millions d’euros à la construction de trois barrages d’épandage d’eau et de trois jardins maraîchers dans l’est du Tchad, dans les vallées de Farchana, Kokorguine et Bredjing, dans la province du Ouaddaï. Cet investissement a permis de soutenir directement plus de 4 000 travailleurs agricoles, dont 72 % de femmes.
Dans la localité de Farchana, les améliorations sont concrètes grâce au barrage de répartition des eaux installé grâce à un financement européen. Ibrahima, un membre de la communauté locale, se souvient des difficultés rencontrées pour trouver de l’eau, une tâche qui pouvait parfois prendre des jours : « Avant, il nous fallait trois jours de creusement pour trouver de l’eau. Maintenant, en quelques heures seulement, nous pouvons en puiser suffisamment pour nos besoins. Nous avons constaté que nos terres sont devenues plus fertiles et que nos pâturages se sont améliorés », nous explique Ibrahima.
Achta Ismail, une réfugiée soudanaise, souligne comment le barrage a fait une différence à la fois en termes de sécurité alimentaire et de réduction des conflits entre les communautés : « Auparavant, nous devions nous rassembler en grands groupes à quelques points d’eau pour nous approvisionner. Mais depuis l’installation du barrage, de nombreux puits ont été creusés dans le village, ce qui facilite l’accès à l’eau et en améliore la qualité », explique Achta.
Ainsi, les barrages de répartition de l’eau font plus qu’irriguer les terres : ils jettent les bases d’une cohésion sociale accrue.
Un autre membre de la communauté d’accueil explique comment les deux communautés administrent la structure ensemble, créant ainsi une nouvelle dynamique où la coopération remplace la compétition. « Le comité de gestion du barrage de répartition des eaux est composé à parts égales de réfugiés et de membres de la communauté d’accueil. Les communautés d’accueil et les réfugiés travaillent côte à côte, partageant les terres. »
Ces structures ont créé de nouvelles opportunités d’emploi. Les femmes réfugiées ont été particulièrement touchées. Aujourd’hui, elles pratiquent l’agriculture et d’autres activités génératrices de revenus, ce qui leur permet de subvenir aux besoins de leurs familles et de progresser vers l’indépendance financière. « Nous pouvons désormais gagner entre 40 000 et 80 000 francs XOF par semaine, ce qui nous permet de subvenir aux besoins de nos familles, d’acheter des cahiers et des stylos pour nos enfants et de les envoyer à l’hôpital pour se faire soigner lorsqu’ils tombent malades. Auparavant, certaines d’entre nous travaillaient comme aides ménagères et gagnaient moins de 15 000 francs XOF. »
À Farchana, l’espoir renaît de la terre. Grâce à ces infrastructures, l’environnement lui-même revit : des études montrent une amélioration de l’humidité et de la verdure depuis ces interventions. Les communautés d’accueil et les réfugiés se retrouvent désormais sous les arbres luxuriants du village, devenus un symbole de cohésion sociale. Un chemin vers la résilience se dessine, goutte à goutte.
Par Béatrice Molinari, Opérations de protection civile et d’aide humanitaire de l’UE, basé sur des documents du HCR.)

