Cameroun : Lil Laure, la voix de Melong, originaire de l’Ouest, qui transforme les épreuves en mélodies

 

De Tissarré (Melong) à Douala, en passant par Mjombé, le parcours de Lil Laure ressemble à une longue chanson faite de sacrifices, de résilience et de passion. Auteure, compositrice et interprète de Samaling, Bitkutsi et Ben’ Sikin, cette artiste originaire de l’Ouest Cameroun (père Baleng, mère Bansoa) née dans la région du Littoral a su se relever pour faire entendre sa voix. Portrait d’une battante.

Des débuts marqués par l’interdit familial

Née Djuikam Huguette Laure à Melong, dans le département du Moungo, Lil Laure baigne très tôt dans l’univers musical. En 2003, elle commence à suivre le travail de son parrain, Père Deffo Tatchamtso (une seule personne), alors qu’il travaille sur sa chanson Doutcha. Incapable de poser les chœurs, il l’envoie à la chorale en 2004.

Mais la famille n’entend pas cette musique d’une bonne oreille. En 2007, elle est envoyée à Mjombé, loin de son village natal, pour “couper le pont avec la musique”. Une mise à l’écart qui n’aura pourtant raison de sa vocation.

Le retour en studio et les premiers titres

Ce n’est qu’en 2017 que Lil Laure franchit pour la première fois la porte d’un studio d’enregistrement. L’année suivante, elle en ressort avec deux morceaux : Chagrin d’amour, écrit en 2003, et Le Show, composé en 2010. Deux titres longtemps gardés secrets, enfin livrés au public.

Après une pause, elle revient en 2021 en studio pour sortir Conseil en 2022. La même année, avec le collectif La voix des anges de Bansoa, elle participe à un titre dédié à l’événement culturel Congrès international.

Laisse moi t’aimer, une insatisfaction salutaire

En 2023, elle dévoile un nouveau single, cette fois en Bitkutsi : Laisse moi t’aimer. Mais le résultat ne la satisfait pas pleinement. Loin de baisser les bras, elle change de studio et retravaille le morceau jusqu’à le sortir officiellement en 2024. Une preuve de son exigence artistique.

L’engagement collectif et les reconnaissances

Parallèlement à sa carrière solo, Lil Laure s’investit dans des projets fédérateurs. En tant que Secrétaire générale de l’ASARO (Association des Artistes Ressortissants de l’Ouest – antenne du Littoral), elle participe à un titre pour la paix au Cameroun, aux côtés de Notac Dewo, Père Deffo Tatchamtso et d’autres artistes.

Elle est également sollicitée pour la chanson officielle de l’événement culturel Retour aux sources 2025.

En 2024, elle sort son tout premier clip vidéo sur le titre La Vie, après un passage en studio.

Un prix, des hommages et un album en préparation

Lil Laure ne manque pas de reconnaissance. Elle a remporté un prix lors de la Semaine de l’audiovisuel SENAVBUS 2024, une consécration pour cette artiste qui avance pas à pas.

Elle a également posé sa voix sur plusieurs chœurs d’hommages, dont Hommages à papa Tematieu en 2025.

Sur le plan personnel, son parcours scolaire a connu des interruptions : après deux échecs au probatoire, elle arrête ses études en classe de Première. Elle suit une formation en bureautique en 2011, qui lui permet d’acquérir une certaine autonomie.

“Je n’ai pas encore d’album, mais c’est en voie”

Aujourd’hui, Lil Laure revendique un style ancré dans les rythmes traditionnels de l’Ouest : Samaling, Bitkutsi, Ben’ Sikin. Elle n’a pas encore d’album sur le marché, mais travaille activement à son projet.

Son parcours est celui d’une artiste qui n’a jamais renoncé, malgré les interdits, les échecs scolaires et les obstacles. Une voix sincère, qui mérite d’être entendue au-delà des frontières du Moungo.

Par Kenzo Brown 

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