Côte d’Ivoire : FEMUA 2026 : Anoumabo met le Gabon à l’honneur et Akendengue électrise Abidjan
Chaque année depuis plus d’une décennie, le Festival des musiques urbaines d’Anoumabo (FEMUA) transforme la ville d’Abidjan en carrefour des cultures africaines. Né de l’initiative du groupe Magic System et de son leader A’Salfo, cet événement est devenu un rendez-vous incontournable du continent. Pour son édition 2026, la Côte d’Ivoire, pays hôte, a choisi de mettre à l’honneur le Gabon, après la Guinée l’an passé. Et c’est une légende vivante, Pierre Claver Akendengue, 83 ans, qui a fait le déplacement pour offrir un moment de grâce.
Il flottait comme un parfum de forêt équatoriale sur le site de l’Institut français d’Abidjan. Ce mercredi, la Côte d’Ivoire a cédé une partie de son territoire musical à son invité gabonais. Et quel invité. Le FEMUA, fidèle à sa réputation, ne se contente pas de programmer des artistes : il construit des ponts entre les peuples. En accueillant le Gabon comme pays d’honneur, le festival ivoirien a rappelé que la musique urbaine, celle qui fait vibrer la jeunesse d’Abidjan à Dakar en passant par Libreville, puise ses racines dans des traditions séculaires.
Akendengue, l’immobile aux mots infinis
Le clou de cette journée restera gravé longtemps dans les mémoires. Pierre Claver Akendengue, malvoyant et se déplaçant avec difficulté, s’est installé sur sa chaise. Il n’en bougera pas pendant une heure et demie. Mais qu’importe. Dès les premières notes de ce funk bantou dont il a le secret, le patriarche gabonais a électrisé l’assistance. À 83 ans, l’icône a délivré un spectacle d’une poésie rare, prouvant que l’âge n’atteint pas l’âme d’un artiste. Chaque mot, chaque silence, chaque respiration portait la marque de ce que les connaisseurs appellent « l’Afrique éternelle ». Les jeunes festivaliers, venus pour les sonorités urbaines, sont repartis avec une leçon d’humilité et de grandeur. Le chantre de la négritude musicale venait de leur passer le témoin.
La Côte d’Ivoire, terre d’accueil des cultures voisines
Si Akendengue était la tête d’affiche, la journée gabonaise a débuté bien plus tôt. Mardi, lors de la cérémonie d’ouverture à l’INJS (Institut national de la jeunesse et des sports), c’est Angèle Assélé qui avait ouvert le bal, mêlant avec puissance les voix du terroir aux arrangements modernes. Puis sur la scène de l’Institut français, une nouvelle génération d’artistes gabonais a pris le relais, mêlant les musiques urbaines les plus actuelles aux rythmes traditionnels de la forêt. Une façon de montrer que la musique gabonaise, souvent discrète sur la scène internationale, regorge de talents protéiformes.
Loin de se limiter aux notes, l’invitation d’honneur a également pris des couleurs et des formes. Le pavillon du Gabon, installé sur le site, proposait un marché d’artisanat et de créateurs de mode. La styliste Rhim a captivé les regards en exposant ses créations où le raphia, matière naturelle, épouse des motifs peints d’une finesse rare. Ses modèles, oscillant entre haute couture et respect des traditions, pourraient sans complexe défiler sur les podiums européens. Un rappel que la Côte d’Ivoire, par son festival, offre à ses voisins une vitrine internationale que peu de manifestations savent offrir.
A’Salfo et le pari réussi du métissage
À l’origine de cette réussite, on retrouve toujours la même énergie : celle d’A’Salfo, le leader de Magic System. En créant le FEMUA à Anoumabo, l’artiste ivoirien n’a jamais voulu en faire une énième succession de concerts. Son but était de créer un laboratoire culturel. En invitant chaque année un pays différent, il permet aux Ivoiriens de découvrir des univers proches mais méconnus, et aux invités de bénéficier de l’énorme machine festive que la Côte d’Ivoire a su construire. Après la Guinée en 2025, le Gabon en 2026 prouve que la formule fonctionne.
Un message politique dans un temps incertain
Dans une région ouest-africaine parfois secouée par des tensions diplomatiques, le FEMUA rappelle que les artistes et les festivals peuvent devenir des ambassadeurs de la paix. Voir un public ivoirien acclamer un monument gabonais, applaudir des créateurs venus de la forêt équatoriale, c’est la preuve que l’intégration africaine ne se décrète pas uniquement dans les sommets : elle se vit dans les foules. La Côte d’Ivoire, en jouant ce rôle de carrefour, s’affirme comme le hub culturel incontesté de l’Afrique francophone.
Alors que les dernières notes d’Akendengue s’éteignaient sur le site de l’Institut français, un spectateur résumait l’émotion générale : « On est venus pour la fête, on repart avec une partie de notre histoire. Merci la Côte d’Ivoire d’avoir invité le Gabon. » Un compliment qui, sans doute, scelle le succès de cette édition 2026.
Par Jérôme Wailifu

