Burkina Faso : Tabaski 2026 : le pays suspend toutes les exportations de bétail pour préserver le marché intérieur

À l’approche de la fête de Tabaski, marquée par une forte demande en animaux de consommation, les autorités burkinabè ont décidé de suspendre « jusqu’à nouvel ordre » les exportations de bétail sur l’ensemble du territoire national. Une mesure destinée à stabiliser les prix et à garantir l’approvisionnement des ménages.

Le gouvernement burkinabè a pris les devants. Dans un communiqué interministériel publié le 8 mai 2026, les autorités annoncent l’arrêt immédiat de la délivrance des Autorisations spéciales d’exportation (ASE) pour tous les opérateurs de la filière bétail-viande. Objectif affiché : éviter les pénuries et les flambées des prix sur les marchés nationaux à l’approche de la Tabaski, l’une des fêtes les plus sacrées du calendrier musulman.

Les acteurs économiques disposant déjà d’autorisations d’exportation valides bénéficient toutefois d’un délai de grâce d’une semaine pour finaliser les opérations déjà engagées, avant l’entrée en application complète de la suspension.

Une filière en plein essor, mais sous tension

La décision intervient dans un contexte de croissance exponentielle du commerce du bétail burkinabè. Selon les chiffres officiels, les exportations de bovins, ovins et caprins sont passées de 400 millions de FCFA en 2020 à près de 11,8 milliards de FCFA en 2024. Les petits ruminants (moutons, chèvres) ont connu une progression encore plus spectaculaire : 190 millions de FCFA en 2020 contre 7,8 milliards de FCFA quatre ans plus tard.

Face à cette envolée, principalement destinée aux marchés ivoiriens, ghanéens et béninois, le gouvernement craint des tensions sur l’offre intérieure. « Nous voulons renforcer l’approvisionnement des marchés nationaux, éviter les tensions sur les prix et préserver le pouvoir d’achat des ménages durant la période de Tabaski », justifie l’exécutif dans son communiqué.

Contrôles renforcés et appel au patriotisme

Pour garantir le respect strict de cette suspension temporaire, les autorités ont mobilisé les services de contrôle aux frontières ainsi que les forces de sécurité. Un numéro vert a également été mis en place pour permettre aux citoyens de signaler toute tentative de fraude ou de contournement de la mesure.

Le gouvernement a par ailleurs appelé les professionnels du secteur à faire preuve de « civisme et de patriotisme » afin d’éviter toute spéculation ou exportation illicite.

Un tournant stratégique pour la filière

Au-delà de l’urgence liée à la Tabaski, cette suspension s’inscrit dans une vision structurelle plus large. Le Burkina Faso, qui dispose d’un cheptel estimé à près de 35 millions de têtes, entend progressivement réorienter sa filière bétail-viande vers la transformation locale et l’exportation de viande conditionnée, plutôt que d’animaux sur pied.

Dans cette optique, l’Agence Faso Abattoir a été créée en avril 2025 avec pour mission de moderniser les infrastructures d’abattage et de développer une industrie nationale

Par Francis Kaboré 

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