Cameroun : Nouveau siège de la FECAFOOT : Motsepe, Touré, Diouf et une « boule dorée » pour tourner la page de 13 ans de galère

 

Après treize ans de chantier à l’arrêt, de procédures judiciaires et de « dépotoir à ciel ouvert », le nouveau siège de la Fédération camerounaise de football (FECAFOOT) est inauguré ce mercredi 13 mai 2026 à Yaoundé. L’événement, qui réunit le gotha du football africain (Patrice Motsepe, Yaya Touré, El Hadji Diouf), ambitionne de symboliser la renaissance d’une institution longtemps fragilisée.

Il a fallu attendre la vision d’Iya Mohammed en 2012, puis la ténacité de Samuel Eto’o une décennie plus tard, pour voir le bout du tunnel. Trônant au cœur du quartier Warda, à Yaoundé, l’immeuble moderne aux arcades blanches et à la fameuse boule dorée sur sa verrière ouvre enfin ses portes. Ce mercredi, la FECAFOOT quitte définitivement son ancien siège de Tsinga pour cette « maison du football camerounais », dont le coût initial était estimé à environ deux milliards de FCFA.

Une cérémonie sous le signe du panafricanisme

Comme prévu, le président de la CAF, Patrice Motsepe, a fait le déplacement, conférant à l’événement une légitimité continentale. Il est entouré d’un casting royal du football africain : Yaya Touré (quatre fois Ballon d’Or africain), El Hadji Diouf (double Ballon d’Or africain), et Emmanuel Adebayor. L’ouverture aux autres sports est marquée par la présence de Pascal Siakam (star NBA) et Yannick Noah, tandis que les anciens Lions Indomptables (Geremi, Song) assurent la continuité de la mémoire locale.

La cérémonie, diffusée en direct sur Canal 2 International, a débuté par une marche symbolique reliant le Tsinga au nouveau bâtiment. Après les discours – notamment celui de Samuel Eto’o – et la traditionnelle coupure du ruban, un concert est prévu en soirée.

L’histoire secrète d’un chantier maudit

Pour mesurer l’exploit, il faut remonter au 26 juin 2012. Ce jour-là, Iya Mohammed, alors président de la FECAFOOT, posait la première pierre en grande pompe, finançant le projet avec les primes de la Coupe du Monde 2010. Le contrat fut confié à GUIMAR Cameroun SA, avec une livraison espérée pour octobre 2013.

Mais dès 2013, les ennuis commencèrent. L’arrestation d’Iya Mohammed en mai de cette année-là gela le chantier. Suivirent dix ans de blocages :

· 2013-2015 (Comité Owona) : Tentatives de relance infructueuses.
· 2016 (Présidence Tombi) : Gros œuvre annoncé à 90 %, mais livraison fantôme.
· Février 2020 : Seidou Mbombo Njoya résilie le contrat avec GUIMAR, qui contre-attaque en justice.
· Juillet 2020 : La Cour d’appel du Centre donne raison à la FECAFOOT. Mais le site, libéré des contraintes juridiques, sert de dépotoir à ciel ouvert pendant l’errance post-Covid.

« Eto’o finit le travail »

Arrivé aux affaires en décembre 2021, Samuel Eto’o hérite d’un bâtiment fantôme, symbole des dysfonctionnements de la gouvernance footballistique. Dès 2023, il relance les travaux de parachèvement : revêtements, installations techniques, mobilier, fresques historiques. En 2025-2026, les cinq niveaux fonctionnels sont finalisés.

Mercredi, c’est donc un bâtiment flambant neuf, doté de salles de conférence, d’archives et d’espaces administratifs modernes, qui est livré. Une voix croissante réclame que l’édifice porte le nom de son initiateur, Iya Mohammed. « Eto’o a transformé le rêve de Iya en symbole d’aboutissement », analyse un proche du dossier.

Un test pour la gouvernance d’Eto’o

Si les festivités sont grandioses, l’enjeu dépasse l’architecture. Pour Samuel Eto’o, ce siège est un caillou blanc sur un parcours institutionnel semé d’embûches (conflits avec la ligue, tensions avec l’État). À l’heure où la CAN 2025 s’est achevée sans le Cameroun, et alors que les éliminatoires de la Coupe du Monde 2026 battent leur plein, cette inauguration vise à redonner de la crédibilité à une fédération longtemps perçue comme ingouvernable.

Aucun bilan officiel n’a été communiqué sur le coût final du parachèvement, mais pour les dizaines de curieux massés au carrefour Warda ce matin, « la maison du foot est enfin debout ». Reste à savoir si elle saura abriter, loin des tumultes, les ambitions retrouvées des Lions Indomptables.

Par Georges Domo 

Commentaires Facebook