Tchad : menace de « ville morte » après une élection contestée à la chambre de commerce à Moundou
La capitale économique du Tchad, Moundou, retient son souffle. À la veille de l’installation prévue des nouveaux membres de la section provinciale de la Chambre de Commerce, d’Industrie, d’Agriculture, des Mines et d’Artisanat (CCIAMA), les opérateurs économiques locaux brandissent la menace d’une paralysie totale de la ville. En cause : un scrutin du 11 mai 2025 toujours contesté devant la justice, malgré une suspension ordonnée par le ministre de tutelle.
La tension monte d’un cran à Moundou, où l’investiture des responsables de la CCIAMA, programmée pour le lundi 19 mai, est perçue par une large frange des acteurs économiques comme un « passage en force ».
Le processus électoral, qui s’est déroulé le 11 mai 2025, n’a en effet jamais été validé sur le fond. Le candidat évincé, Adoum Mahamat Oumar, a introduit un recours en appel devant la Cour suprême, qui ne s’est pas encore prononcée. Plus encore, le ministre du Commerce et de l’Industrie avait lui-même ordonné la suspension officielle du scrutin, ajoutant un épais flou juridique et institutionnel à l’ensemble du processus.
Malgré ces zones d’ombre, les autorités administratives locales s’apprêtent à procéder à l’investiture des élus ce lundi. Une obstination qui suscite une vive colère chez leurs concurrents et une partie de la société civile locale.
Des commerçants prêts à baisser le rideau
Face à ce qu’ils considèrent comme une « provocation », plusieurs collectifs d’opérateurs économiques et de commerçants de Moundou appellent à une résistance active. Selon nos informations, la fermeture des principaux marchés de la ville ainsi que le blocage des artères commerciales sont sérieusement envisagés.
Cette perspective de « ville morte » inquiète bien au-delà du seul monde patronal. Moundou, poumon économique du Tchad et capitale du Logone Occidental, abrite des activités agricoles, industrielles et commerciales vitales pour toute la région. Une paralysie, même de courte durée, aurait des répercussions immédiates : pénuries locales, pertes de revenus pour des milliers de petits commerçants et baisse des recettes fiscales pour l’État.
« Nous ne voulons pas en arriver là, mais on nous pousse à la rupture. On ne peut pas installer des gens dont l’élection a été suspendue par le ministre et que la justice n’a pas encore validée », confie un négociant de Moundou, sous couvert d’anonymat.
Crainte d’un retour des violences
La mémoire collective reste marquée par les violences qui avaient émaillé la région aux alentours du 12 mai 2024. Beaucoup redoutent le scénario d’un embrasement généralisé si la cérémonie d’installation se déroule sous haute tension. « L’histoire ne doit pas se répéter. On ne peut pas jouer avec le feu dans une ville aussi stratégique », alerte un responsable d’association locale.
Face à l’imminence du danger, des voix s’élèvent pour réclamer une intervention urgente des plus hautes autorités du pays. Dans une déclaration informelle relayée sur place, les acteurs économiques interpellent nommément le Premier ministre Allah Maye Halina, le Vice-Premier ministre Limane Mahamat, ainsi que la ministre de la Justice, Ndolenodji Alixe Naimbaye.
Le ministre de la Sécurité publique, Ali Ahmat Aghabache, est également mis en cause pour sa responsabilité dans le maintien de l’ordre, tout comme le président de la Cour suprême, Samir Adam, qui doit se prononcer rapidement sur le recours en appel.
« Seul un arbitrage ferme, adossé au respect strict des procédures judiciaires en cours, peut ramener la sérénité », résume un observateur de la vie économique locale.
En attendant la décision de la Cour suprême
Alors que l’horloge tourne inexorablement vers la date du 19 mai, tous les regards sont désormais tournés vers N’Djamena. L’annulation de la cérémonie d’investiture, dans l’attente d’une décision de justice, semble être la seule issue susceptible d’apaiser les esprits et d’éviter à Moundou une crise socio-économique aux conséquences imprévisibles.
Par Mbaikoula Philippe

