Rwanda : Décès de Félicien Kabuga, l’un des principaux financiers présumés du génocide rwandais, à l’âge de 93 ans

 

Félicien Kabuga, homme d’affaires rwandais accusé d’avoir été l’un des principaux financiers du génocide des Tutsi en 1994, est décédé samedi 16 mai 2026 dans un hôpital de La Haye, aux Pays-Bas, à l’âge de 93 ans. Il était poursuivi pour génocide, crimes contre l’humanité et incitation aux massacres, mais son procès avait été suspendu en 2023 en raison de son état de santé déclaré incompatible avec un jugement équitable.

La mort de Félicien Kabuga met un terme judiciaire à l’un des derniers grands dossiers du génocide rwandais sans qu’aucun verdict sur le fond n’ait été rendu. L’ancien homme d’affaires, considéré comme l’un des financiers clés des massacres qui ont fait plus de 800 000 morts entre avril et juillet 1994, s’est éteint samedi dans un établissement hospitalier de La Haye, selon des sources proches du dossier.

Arrêté en France en mai 2020 après plus de deux décennies de cavale, Kabuga vivait sous une fausse identité dans un appartement de la région parisienne. Son interpellation avait marqué un succès majeur pour la justice internationale, lui qui était recherché sans relâche depuis la fin du génocide.

Un procès suspendu faute de capacité à être jugé

Transféré au Mécanisme pour les Tribunaux pénaux internationaux (MTPI) à La Haye, successeur du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), Kabuga devait répondre de graves accusations : génocide, complicité de génocide, crimes contre l’humanité et incitation publique et directe à commettre le génocide.

Il était notamment accusé d’avoir financé et équipé les milices Interahamwe, d’avoir fourni des machettes aux tueurs et d’avoir joué un rôle clé dans la création et le financement de la Radio Télévision Libre des Mille Collines (RTLM), dont les appels à la haine avaient activement participé à la propagation de la violence contre la minorité tutsie.

Cependant, en 2023, la justice internationale a ordonné la suspension de son procès. Les experts médicaux avaient alors conclu que l’accusé, souffrant de troubles cognitifs sévères liés à une démence avancée, n’était pas en mesure de comprendre le déroulement des audiences ni de participer efficacement à sa défense. Le juge Iain Bonomy avait estimé qu’un procès dans ces conditions ne pouvait être « ni équitable, ni significatif ».

Une fin de non-recevoir pour les victimes

L’annonce du décès de Kabuga ravive la douleur des survivants et des familles de victimes, qui espéraient encore un procès malgré la suspension. « Nous voulions la vérité, nous voulions la justice. Sa mort nous prive de cela », a confié à l’AFP un rescapé, sous couvert d’anonymat.

De nombreuses associations de défense des droits de l’homme dénoncent une « justice tardive ». Arrêté à 84 ans, Kabuga aura passé près de six ans en détention provisoire sans jamais être jugé sur le fond.

Le MTPI n’a pas encore communiqué officiellement sur les suites à donner au dossier, qui sera vraisemblablement classé en raison du décès de l’accusé.

Une cavale de 26 ans à travers l’Europe

Félicien Kabuga était l’un des derniers grands fugitifs recherchés pour le génocide rwandais. Après les massacres de 1994, il avait fui le Rwanda et successivement séjourné en Suisse, au Kenya, en Belgique, puis en France où il se cachait depuis le milieu des années 2010. Malgré des mandats d’arrêt internationaux et des pressions diplomatiques, il avait échappé aux autorités pendant plus d’un quart de siècle.

Son arrestation en mai 2020 dans son appartement d’Asnières-sur-Seine, en banlieue parisienne, avait été saluée par les Nations unies comme « un moment historique pour la justice internationale ».

Sa disparition clôt sans jugement un chapitre majeur de la justice internationale, laissant en suspens les questions sur son rôle précis dans l’organisation du génocide.

Par Rodrigue Izumo 

Commentaires Facebook