Soudan: Darfour : MSF tire la sonnette d’alarme face à une catastrophe humanitaire ignorée
L’ONG dénonce l’inaction internationale, la chute des financements et une sanité publique exsangue, au milieu d’une guerre civile qui entre dans sa troisième année.
Après plus de trois ans d’un conflit qui n’en finit pas de dévorer le Soudan, l’organisation Médecins Sans Frontières (MSF) a rompu le silence, ce mardi, pour alerter sur l’effondrement accéléré de la situation humanitaire au Darfour. Depuis Genève, le président international de l’ONG, le Dr Javid Abdelmoneim, a déploré ce qu’il a qualifié de « désintérêt quasi total » de la communauté internationale pour le conflit soudanais, alors que le terrain décrit un enfer sanitaire et logistique.
« La volonté politique de mettre un terme à cette guerre est tout simplement absente. Et pire, les réductions drastiques de l’aide internationale aggravent chaque jour un peu plus la souffrance des civils », a-t-il déclaré.
Un conflit oublié, des vies en suspens
Selon MSF, plus de trois années de guerre civile ont pulvérisé les infrastructures sociales du pays, et le Darfour – région déjà meurtrie par les crises antérieures – est aujourd’hui en première ligne de la tragédie. L’organisation souligne que la communauté internationale, accaparée par d’autres crises géopolitiques, semble avoir tourné le dos aux Soudanais.
Près d’un million de personnes seraient actuellement déplacées dans la seule zone de Tawila, au Darfour. Ces centaines de milliers d’êtres humains ont fui El-Fasher, tombée aux mains des Forces de soutien rapide (FSR) en octobre dernier, et vivent aujourd’hui entassés dans des conditions précaires, sans accès à l’eau potable ni aux soins les plus élémentaires.
« Le nombre de personnes présentes sur place varie entre 400 000 et un million, selon les estimations. C’est une bombe humanitaire », insiste le Dr Abdelmoneim.
Santé publique : épidémies, attaques et financements coupés
Sur le plan sanitaire, la situation est qualifiée de « catastrophique ». MSF rapporte une importante épidémie de rougeole, ainsi que des cas confirmés de méningite, de diphtérie et de tétanos néonatal – des maladies évitables qui prolifèrent en raison de l’effondrement de la couverture vaccinale et de l’absence totale de système de soins.
Par ailleurs, au moins 47 centres de santé primaire du Darfour central ont vu leur financement international interrompu le mois dernier, selon les informations fournies par le président de MSF. Les coupes budgétaires décidées par plusieurs grandes puissances donatrices ont également fragilisé « tout l’écosystème humanitaire », même si l’ONG ne dépend pas directement de financements étatiques.
« Nous subissons les conséquences indirectes de ces réductions : difficultés logistiques, hausse du coût des intrants médicaux, rupture de chaînes d’approvisionnement », a expliqué le responsable.
Un système de santé sous les bombes
Autre motif d’inquiétude majeur : la multiplication des attaques contre les structures médicales. Depuis le début du conflit, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a recensé près de 200 attaques contre des établissements de santé, ayant causé environ 1 700 morts. Hôpitaux bombardés, ambulances prises pour cibles, soignants assassinés : la guerre au Soudan a fait de la santé une arme.
« Dans un tel contexte, continuer à soigner relève de l’exploit », a souligné MSF.
L’espoir s’efface, les populations paient le prix
Malgré les efforts de médiation engagés notamment par les États-Unis, le conflit s’enlise. Les Forces de soutien rapide (FSR) et l’armée régulière s’affrontent sans répit dans plusieurs régions, et les cessez-le-feu successifs n’ont jamais été respectés. Pendant ce temps, la famine rôde, le choléra guette, et les enfants meurent de maladies que l’on croyait éradiquées.
Face à ce tableau apocalyptique, MSF appelle à un sursaut politique immédiat : rétablissement des financements humanitaires, protection des civils et des structures de santé, et réouverture d’un couloir diplomatique sérieux.
« Il ne s’agit pas d’une aide à apporter demain. Il s’agit de sauver des vies aujourd’hui », conclut le Dr Abdelmoneim.
Par Issa Abdou

